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17/06/2006

Provocations ?

En ce matin du 15 juin, on annonce dans Midi Libre que l’entrepôt de matières sèches du négociant en vins Jeanjean de Saint Félix de Lodez a brûlé dans la nuit du 13 au 14 juin, il y a des dégâts très importants, et vraisemblablement le fonctionnement de l’entreprise sera durablement perturbé. Dans cet entrepôt, il y avait tout ce qui est nécessaire au fonctionnement des  chaînes d’embouteillage, cartons, bouchons, étiquettes, palettes, peut être bouteilles, poches et cartons de BIB, tout cela imprimé, classé, plus le matériel de manutention. La reconstitution de ces stocks prendra des semaines ou des mois, la fourniture des commandes de vins conditionnés, sera durablement perturbée, ce qui fera la joie des concurrents de Jeanjean, et les résultats de l’entreprise, premier employeur de la vallée de l’Hérault, hypothéqués. C’est le 3° acte de violence commis contre cette entreprise depuis février 2006.

Le principal problème du Languedoc est la faiblesse de son commerce des vins, et une des rares entreprises performantes, qui met principalement en marché les vins de la région, qui valorise les AOC régionales, est victime de ceux qui devraient la soutenir. C’est une attitude pathologique et suicidaire, qui démontre le faible niveau culturel, l’incapacité intellectuelle d’une claire conscience collective des véritables problèmes viticoles régionaux, et des solutions qui devraient être mise en œuvre. C’est aussi la démonstration que les structures professionnelles, celles de l’Etat et des organismes parapublics concernés ont failli dans leur mission.

La nouvelle organisation de marché vitivinicole européen (OCM vin) dont le contenu sera révélé le 22 juin à Bruxelles, va prévoir sans doute l’arrachage subventionné, en 5 ans, de 400 000 ha. de vignes dans l’Union Européenne, dont 100 000 ha. en France , combien en LR ? je rappelle que nous avons encore 280 000 ha. de vignes en Languedoc Roussillon. Combien de  caves coopératives et d’emplois condamnées ? Y a-t-il un programme de restructuration de la coopération viticole dans notre région ?  Il se prépare une véritable révolution agricole en LR, que faire des surfaces libérées par la vigne ?

Je ne peux m’empêcher de faire des rapprochements avec les évènements de 1907. Il y avait à cette époque, des responsables politiques et professionnels très compétents, courageux, motivés et engagés, pour lesquels le monde viticole avait une grande importance et qui avaient sa confiance.  Le docteur Ferroul, député Maire de Narbonne fondateur de la Confédération Générale des vignerons du Midi fédérait et entraînait l’ensemble des forces professionnelles et politiques régionales, et la CGVM obtenait du Parlement la possibilité d’être l’acteur judiciaire essentiel dans la répression de la fraude sur les vins . Marcelin Albert est reçu par Clémenceau, sans rendez vous,  ça ne lui a pas réussi personnellement, mais ça montre quelle force était dans la mobilisation régionale.

 La commission d’enquête parlementaire avait étudié tous les aspects des problèmes et lancé une vaste consultation écrite auprès de tous les acteurs de la production et de la mise en marché au niveau national, puis s’était déplacée dans les principales régions. Des débats nombreux avaient eu lieu au Parlement qui arbitraient entre des intérêts contradictoires, ceux des producteurs de sucre de betterave et ceux des viticulteurs. Les décisions prises  ont structuré la production viticole jusqu’à nos jours : obligation de déclaration de récolte, après les vendanges, de déclaration de stock à la fin de l’année culturale, et publicité de ces déclarations, création d’un corps de répression des fraudes, chargés d’appliquer la loi de 1905 sur les fraudes,  financé par une taxe prélevée sur les ventes  et les transports de vin(contributions indirectes), faculté donnée aux syndicats viticoles d’être « partie civile » dans les procès pour fraude….

Bien entendu les situations de 1907 et celle de 2006 sont très différentes au point de vue viticole du Languedoc-Roussillon. Le poids économique et social viticole  qui était principal dans l’ensemble régional en 1907, est devenu marginal en 2006. Mais il existait une volonté professionnelle et politique en 1907  dont il faut bien constater l’absence  aujourd’hui. L’incohérence, la dispersion des acteurs professionnels, le manque d’une stratégie viticole régionale conduisent à une faillite dont se sauveront les coopératives ayant construit un vrai marché pour leur production, et les caves particulières s’adressant à des consommateurs situés dans des  niches  rémunératrices.

La démonstration de l’incohérence de la politique viticole nous est donnée par le sujet du Bac technologique série STPA, sciences de la matière et du vivant : Le vin et ses dangers,

Première partie Sciences physiques

1-Le vin

2-l’alcoolémie

3-la sécurité routière

Deuxième partie : Biologie-Ecologie

Les activités vinicoles génèrent des effluents qui lorsqu’ils sont déversés dans les rivières altèrent la qualité des eaux.
Y a-t-il au sein de l’Education Nationale ou du ministère de l’agriculture une délégation de l’ANPAA (Association nationale de prévention en alcoologie et addictologie) qui est  l’organe militant des campagnes anti vin ?  On pourrait le croire tant la méthode utilisée est insidieuse et efficace.
Car les jeunes qui ont planché durant 3 h. 30 sur ces thèmes dont la traduction est très technique, par exemple, le changement de couleur de l’alcootest qui est le résultat  de demi réactions équilibrées des couples de l’éthanol et du dichromate (écrire les équations), ou bien : conduire avec de l’alcool dans le sang ralentit les réflexes, une voiture de masse de 1100 kg. roule à 130 km.h et a une distance de freinage de 110 m  par temps sec…..  se souviendront longtemps des dangers du vin, dans la vie courante.
Je suis convaincu que l’établissement de ce sujet est un acte militant de gens qui  sont parfaitement conscients de ce qu’ils font, qui ont usé du pouvoir que leur donne la Société dans le cadre de l’Education Nationale, pour diffuser de façon sournoise, dissimilée, hypocrite, une opinion appuyée par les campagnes de communication anti-vin et financées par le Ministère de la Santé.
Cette situation est rendue possible par la faiblesse sociétale du monde viti-vinicole, par l’absence de réaction crédible, face aux attaques répétées en France contre la consommation modérée de vin. La situation est totalement différente en Espagne, ou le vin est considéré comme une richesse nationale et protégé au plan culturel et économique par une décision parlementaire
A suivre…..

 

 

Commentaires

C'est débile d'avoir donné un sujet pareil.

Je ne suis pas originaire de cette région mais dès que j'y suis arrivée, j'ai défendu la vigne et le vin. Si triste chaque fois qu'une vigne disparaissait autour de Montpellier.

Je crois avoir déjà dit sur ce blog que Locke dont j'ai traduit le journal considérait le vin de Saint-Chinian comme le meilleur vin de France, au XVIIe siècle....

Écrit par : Marie | 19/06/2006

Lire sur ces sujets mes chroniques Respect et C'est la faute de sur www.berthomeau.com et venez nous rejoindre au club SANS INTERDIT jberthomeau@hotmail.com téléphone 06 80 17 78 25 loin des chapelles pour bâtir, agir...
jacques berthomeau

Écrit par : Jacques Berthomeau | 22/06/2006

La Commission Européenne vient de proposer une réforme, pour, dit -elle, assurer l'avenir viticole de l'Europe. C'est un virage complet à 360°, on passe d'une gestion complexe, d'un empilage de mesures très coûteuses et dont plusieurs sans efficacité réelle, à une politique libérale et ouverte, dans le droit fil des orientations de l'OMC, dont certains aspects sont très inquiétants et suicidaires. Par exemple la possibilité d'importer des raisins ou des jus de raisin en UE de toutes provenances, d'en élaborer des vins, qui deviennent ainsi des vins UE,(Français, s'ils sont élabores en France, Espagnols s'ils sont élaborés en Espagne...) et en plus on pourra les millésimer et porter le nom du cépage sur l'étiquette. hors les règles que s'imposent les viticulteurs français. Lorsqu'on ajoute à cela les modification réglementaires françaises qui se préparent, disparition des syndicats d'appellation ou de vin de pays et remplacement par des ODG organismes de gestion de la loi d'Orientation agricole, ayant la capacité d'appeler des CVO (cotisations volontaires obligatoires!!) Une seule ODG par appellation régionale, la transformation des agréments des vins AOC et des vins de pays qui deviennent AOP et IGP, en la confiant à des OA (Organismes Agréés) qui pourront être des entreprises privées type Véritas, le contrôle de qualité réalisé au plus près de la vente au consommateur et qui concernera 15% du volume de récolte. Tout cela sur fond de crise qui perdure, sans réaction politique ou professionnelle audible, et menace d'un arrachage massif de 400 000 ha. en UE dont 100 000 ha. pour la France, (arrachage sur 5 ans indemnisation dégressive avec forte incitation en début de période ?) Un autre problème est pendant, sans avancée actuelle. La production viticole du Languedoc Roussillon est pour plus de 60% assurée par le système coopératif. En ce qui concerne les viticulteurs c'est plus de 70% qui sont coopérateurs. On sait que de nombreuses caves coopératives sont en difficulté, ont des volumes invendus important, ne rémunèrent leurs adhérents qu'avec des acrobaties comptables ou bancaires. Les arrachages en cours ou ceux prévisibles entraîneront des fermetures de sites coopératifs. Un plan de restructuration des coopératives, étudiant la localisation des regroupements, en fonction d'élément objectifs (et non politiques) est indispensable. Aucune enquête crédible sur la démographie des adhérents, (combien approchent de la retraite, combien ont des successeurs professionnels vignerons, quels sont leurs projets, où se situent les vignes qui ont des chances d'échapper à l'arrachage ?....) On a le sentiment que la crainte d'aborder ces problèmes bloque toute initiative professionnelle, administrative ou politique. On laisse les évènements futurs, la pression bancaire, conduire la mutation qui s'annonce !!! Aurons nous un leader suffisamment compétent ayant le courage d'affronter la tempête prochaine ?

Écrit par : Jean34 | 24/06/2006

Les vins français malades de leur œnologie


François TATARD (1932) a participé, dans les années 1960, dans une grande maison de Champagne à l'expérience suivante:
Des bouteilles, prêtes à être munies de leur bouchon de commercialisation habituel ont été goûtées, puis capsulées en deux lots.
Le premier avec des capsules en inox et joint de liège, le second avec ces même capsules mais joints en polyéthylène à garantie alimentaire.
Après dégustations comparées, il apparut nettement, avant une semaine, que les vins à joint polyéthylène de bouchage, avaient rajeuni et perdu toutes leurs qualités mûries par vieillissement.
On constate que les vins, actuellement bouchés par des polyéthylènes expansés serrés, deviennent acides, aigres et sans saveur en assez peu de temps. Les vins chiliens en font la triste expérience imitée, comme d'habitude, par les vins français.
Les chimistes de RHONE POULENC autant que les responsables des grands laboratoires œnologiques n’étaient pas surpris de ces résultats qu’ils expliquaient par la migration bien connue des éthers aromatiques au sein de la matière de synthèse. Ces éthers, en traces non mesurables, ont un pouvoir dissolvant au contact des macromolécules artificielles.

1960 – achat d’une bouteille de vin chez l’épicier de quartier

La recette était simple quand on connaissait les habitudes du commerçant. Lorsque le casier à bouteille était en voie d’épuisement, le livreur venait recharger en empilant sa livraison sur ce qu’il restait au fond du casier. Il fallait, discrètement, fouiller vers le fond et mirer le flacon poussiéreux à l’étiquette défraîchie. Si l’on constatait la présence d’une « queue de renard », bien collée sur le verre, on pouvait être certain du bon choix. Ce dépôt adhésif était le résultat d’une fermentation de vieillissement favorisée par un bon taux d’alcool. Le vin blanc y prenait un goût de Xeres et le vin rouge atteignait des performances de qualité exceptionnelles. Bien sûr, les vins au litre ne permettaient pas cela, mais des bouteilles de vins d’Algérie, très bon marché, étaient capables de ces prouesses. Les professionnels, œnologues avertis, expliquaient que le bas prix de ces vins ne justifiait pas les tripotages des vins « chics ». C’est, peut-être, parce qu’on avait laissé faire la nature qu’on arrivait à cet idéal.

Nos vins sont malades de notre oenologie et de nos vinifications "scientifiques". On citera comme causes de la dégradation de leurs qualités ancestrales :
Les mélanges abusifs de raisins noirs et blancs, les filtrages excessifs, les ajouts d'acides tartriques, les excès des bisulfites, les fermentations malo-lactiques artificielles prématurées.
Ainsi, les vins de Bourgogne ne sont plus tout à fait des vins rouges. Les Beaujolais semblent oublier que le Gamay ne donne pas un très bon vin sans l'alcool nécessaire.
J'ai acheté un excellent VIOGNIER du pays d'Oc, le producteur justifiait sa qualité par l'intervention d'un "wine-maker" australien.
Alors, soyons modestes et reconnaissons que les anglo-saxons sont les meilleurs oenologues du monde.

Écrit par : François TATARD | 17/07/2008

Merci de votre commentaire et des informations précieuses apportées sur le danger de l'utilisation de bouchons synthétiques!!!
On peut ajouter que de nombreux oenologues formés à Montpellier vont s'activer dans les caves des vignobles du nouveau monde où ils trouvent des conditions professionnelles plus dynamisantes qu'en France, qui s'enfonce dans des règlements d'un autre âge!!! Il faut aussi que notre viticulture organise mieux l'utilisation de pesticides et autres désherbants, dont nous sommes les champions du monde de l'emploi. Revenons aux pratiques plus naturelles de travaux du sol, permettant à la vie biologique de revenir. Les vignes desherbées depuis longtemps ont tué toute vie souterraine, en particulier plus de vers de terre, indispensables à une bonne aération et aux échanges de la vigne et du terroir.
Heureusement les cultures Bio de la vigne se développent et bientôt la définition d'un vin Bio sera adoptée par l'Union Européenne, qui concernera aussi, je l'espère le bouchage des bouteilles.
Bien cordialement
Jean Clavel

Écrit par : clavel | 17/07/2008

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