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10/06/2006

le 17° part définitivement, et le bataillon des mutins prend la mer vers la Tunisie

4°   23 Juin 1907   L'exil vers vers la Tunisie:

Une fois dans les wagons, on apprend que la direction est Gap dans les Alpes. Le train ne s’arrête plus et sans ravitaillement,  en fin d’après midi, après  400 km., Joseph Dasch  raconte : Nous arrivons a Gap, nous descendons du train  et reprenons notre ordre de marche, moi en tête. Là surprise, la population nous acclame, et une jeune fille s’avance et m’offre une beau bouquet de fleurs rouges. J’entend derrière moi un copain qui me dit :  ne te retourne pas, le colon fait signe de jeter le bouquet. Je marche droit devant sans tourner la tête et quand j’arrive à la caserne je prends « un savon » mémorable. Installation dans les chambrées, mais pas de ravitaillement, pas de soupe, vous mangerez demain nous dit on et défense de sortir !! Nous décidons d’aller nous restaurer en ville et pesons à 700 ou 800  sur  le portail qui commence à céder, un officier surgit et dit à la garde « ouvrez, qu’ils aillent au diable !!! Avec un copain nous mettons en commun nos finances, il nous reste 21 sous en tout. De quoi acheter du pain !! Mais un civil s’avance, c’est ma fille qui vous a offert le bouquet dit-il, je vous attendais, venez vous restaurer chez moi !! Le lendemain,  réveil à 5 heures et départ, avec équipement complet,  pour le terrain de manœuvre avec revue par un général qui nous dit qu’il sera heureux de nous garder à Gap. Mais surprise, un officier à cheval arrive et remet un pli au Général.
Après lecture, Il dit  : les bons soldats à gauche, les révoltés à droite :…..
Un autre appelé, Edmond Moulières d’Adissan raconte dans ses écrits, que le trie à Gap entre ceux qui avaient fait acte de mutinerie et ceux qui s’étaient abstenu était très superficiel, il y eut 600 d’un côté, ceux des mutins, et 300 de l’autre, l’on fit beaucoup d’injustices, certains qui avaient marché, même en tête, restèrent à Gap, d’autres avec « culot » réclamèrent, et restèrent, d’autres qui n’avaient pas marché restèrent avec leurs copains mutins et partirent…. Un autre raconte que les officiers des compagnies tirèrent au sort le fait de partir avec les mutins. Joseph Dasch qui se tient toujours très informé, suit de près les tractations entre officiers supérieurs pour savoir quel commandant va partir avec le bataillon des mutins. « le Général offre le commandement du bataillon d’épreuve à 2 officiers supérieurs qui refusent  et le commandement échoit au Commandant Vilarem  qui accepte, a ma grande joie car je sais que c’est un homme de cœur, un moment après je peux lui poser la question, où allons nous ? je n’en sais pas plus que toi !! pendant ce temps le reste du régiment rejoint son casernement à Gap » …..

Des fourgons arrivent et on nous ordonne, prenez 4 à 5 pains et autant de boîtes de « singe » chacun,  et ce chargement arrimé sur les sacs, en route vers la gare de Gap, dans la nuit nous sommes à Marseille, et repartons vers Nice. A 3 heures du matin nous sommes en gare de Villefranche sur mer. Direction le port, et nous apercevons deux bateaux de guerre au large. Nous embarquons dans des baleinières et rejoignons le Desaix et le Du Cayla. Je pose des questions aux marins, allons nous en Crête relever le bataillon du 122°RI qui s’y trouve ? Finalement après plusieurs jours de navigation, ils arrivent en rade de Sfax au sud de la Tunisie.

Louis Cabrol de Quarante raconte : Le 28 juin à 4 heures du soir, on est au large de Sfax, l’absence de fond suffisant interdit d’approcher du bord, on reste plusieurs KM en mer et on commence à embarquer sur des bateaux  tirés par des contre-torpilleurs a vapeur, et à 5 heures, on se dirigeait vers la gare pour monter dans un train qui allait 205 km plus loin à Gafsa.

Le commandant Vilarem décrit le contexte : Il n’est point dans tous les pays d’Europe, de prison mieux verrouillée qu’un poste d’Afrique, avec pour ceinture de murailles, le désert immense ou la mort guette sûrement celui qui s’y aventure sans même être poursuivi….
… Pendant les premiers jours de juillet, les transes étaient vives dans le biterrois. Un courrier nombreux m’arrivait 3 fois par semaine et des télégrammes quotidiens pleuvaient, me réclamant avec insistance des nouvelles des enfants. Ces angoisses étaient d’autant plus fortes que divers journaux de France présentaient l’état sanitaire du bataillon comme très mauvais. J’étais dans l’ impossibilité absolue, en raison de mes occupations de satisfaire aux demandes de mes correspondants. J’adressai au Sous-préfet de Béziers un télégramme privé : Prière démentir nouvelles tendancieuses, état sanitaire excellent, moral également, calme absolu… Le Sous-préfet communiqua à la presse cette dépêche et apporta un grand soulagement aux familles, mais me valut une lettre sèche et désagréable du colonel de Gap, m’obligeant  à passer désormais par la voie hiérarchique pour toute communication.
La classe 1903 fut libérée à Gafsa le 25 septembre 1907,ils n’ont fait que 2 mois de plus que les autres appelés restés en France. Les autres classes  ne reviendront que le 20 mai 1908  par le paquebot Djurdura et visiteront au passage Tunis, le bataillon étant dissous immédiatement  à l’arrivée à Gap. Le commandant Vilarem, a qui on avait promis le 5° galon de colonel, s’il réussissait  la remise en ordre militaire du bataillon d’épreuve, promesse sans suite, a rédigé après sa mise à la retraite en 1909, un texte publié aux éditions de l’Oeuvre à Paris « Pour mes soldats, La vérité sur la mutinerie du 17° d’infanterie ». Il fait le point sur les causes, les circonstances, les punitions des hommes, des gradés, les ambitions de certains qui ont prospéré dans cette épreuve. Il dit sa peine des 3 décès de jeunes à Gafsa. C’est lui qui a diffusé le texte écrit par le commandant Bouyssou dans son rapport au ministre :
 Le soldat du midi a sa personnification la plus complète dans le soldat de Béziers. Ce dernier les synthétise tous car il en a tous les défauts, comme toutes les qualités. Le Biterrois est intelligent, paresseux, jouisseur, extrêmement vaniteux, souple et faux. Par nature, il fait de la politique, il lit les journaux, et aime à pérorer sur le forum persuadé qu’il est le premier en tout, et pour tout, il ne trouve pas d’épithète assez forte , assez exagérée, pour servir d’étiquette à ses opinions. Il veut battre tous les records, il veut être celui dont on parle le plus, même au prix des pires folies, et des pires excès. Transporté dans un autre milieu, sous un autre climat, noyé dans des éléments différents de lui, le soldat du midi est susceptible d’être excellent, car ses défauts ne trouvant pas à s’alimenter, diminuent d’intensité. C’est alors que ses qualités d’intelligence, d’endurance, de sobriété réapparaissent. Il s’aperçoit que son éloquence ne trouve pas d’écho, il devient comme tout le monde. Pris isolément, il redoute la force et craint les coups.
Avec ce caractère que je viens d’essayer de dépeindre, cette population devait accueillir avidement les doctrines socialistes et anti-militaristes. Ne reconnaître aucun frein et aucune autorité convenait parfaitement à ces natures indépendantes et orgueilleuses C’est ce qui est arrivé et le Midi est actuellement mûr pour le socialisme. Au point de vue moral, le Midi est totalement perverti. La prospérité inouïe, qui a régné pendant vingt ans dans la région, a fait de ses habitants des paresseux et des jouisseurs. Le sens moral est aboli……

Le Général Coupillaud chargé d’établir le rapport militaire final a utilisé largement tout l’argumentaire du commandant Bouyssou !!!....

Le commandant Vilarem démontre que son départ à Gafsa était prémédité, il était père de 7 enfants, les autres commandants du 17° étaient célibataires. Mais il pouvait mettre en cause le comportement du Lieutenant-colonel Boé pendant la mutinerie, alors que celui-ci a bénéficié d’une promotion importante, nomination au grade de colonel  en août 1908 et attribution de la médaille d’or de la valeur militaire. Le colonel Plocque commandant le 17° an moment des évènements a été mis à la retraite dans le mois qui a suivi la mutinerie et rayé des cadres dans le mois suivant…..

A suivre,

Commentaires

De Claudine
J'ai lu votre dernier ajout sur l'exil vers la Tunisie et votre récit apporte de nombreuses réponses au parcours de mon AGP. Pour répondre à votre question sur BANAL Gustave : non, nous (enfin, moi) ne détenons rien de matériel, seulement la tradition orale au sujet de son appartenance certaine au 17° et la déportation à Gafsa confirmées par ma grand-tante de 96 ans heureusement de ce monde qui a une mémoire d'enfer et en qui je peux faire confiance.
Je vais me renseigner auprès de mes cousins.
Par ailleurs, vous parlez de bataillon disciplinaire : le bagne ? En quoi consistait leur travail de forcat ?
Avec des sanctions : 8 mois de déportation en plus si je lis bien votre texte.
Ma grand-tante parle aussi de forts ressentiments envers ces soldats (les crosses en l'air) durant la Grande Guerre et qu'ils ont été volontairement envoyés au casse-pipe par l'Armée ? Je ne sais pas.
Le commentaire que vous citez du Cdt Bouyssou dénote d'un dénigrement (ou racisme ?) certain des gens du Sud, c'est le moins que l'on puisse dire. J'aimerai bien lui dire ses 4 vérités à ce commandant !
Je vais d'ailleurs essayer de me procurer quelques livres sur cette période vu le grand nombre de réponses et de sites sur Google.
Merci et continuez.
A+

Écrit par : Claudine | 12/06/2006

Claudine, Il y a beaucoup de livres sur 1907 mais de qualité trés inégale.Voici quelques ouvrages à consulter, La révolte des vignerons 1907 de Felix Napo Privat 1971, 1907 La grande revolte du Midi de Guy Bechtel Robert Lafont 1976, 1907 en Languedoc Roussillon de Jean Sagnes, Monique et Rémy Pech Espace Sud Edition 1997. On les trouve encore dans les sites internet de livres d'occasion. Demandez à Alain Meyer Librairie Paroli à Minerve tel 0468498254 mail: paroli@wanadoo.fr

Il doit bien y avoir des archives familiales, on peut aussi faires des recherches généalogiques. Vilarem était semble t-il originaire des PO et j'ai entrepris des études sur cette famille. Je vais voir si je trouve quelque chose sur Banal

La vie du bataillon d'épreuves de Gafsa n'était pas le bagne, c'était une vie militaire active, avec beaucoup d'entrainement, mais il ne travaillaient pas dans les mines de potasse. Le Commandant Vilarem était un homme de coeur, il organisa la vie culturelle, chant, musique, opéra il a utilisé toutes les valeurs artistiques des mutins, on joue pour les gens de Gafsa du Labiche, du Mignard, on fait revicre les belles voix de Béziers et de Toulouse, on a reconstitué la musique du régiment, on donne des conserts. C'est tout cela qui est repproché à Vilarem.

Écrit par : Jean34 | 12/06/2006

Complément pour Claudine:
Une simple approche généalogique sur le patronyme Banal montre que l'origine est sans doute héraultaise, ce qui explique peut être la présence de Gustave dans le 17° de Béziers même s'il est né à Perpignan ?

Écrit par : Jean34 | 12/06/2006

je suis le petit fils d'un des militaires du 17ème , j'a son livret militaire. Si cela vous ntéresse, je suis à votre disposition.
Amicalement.
Serge

Écrit par : theodose | 28/08/2007

Pour Serge

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Cdt

Écrit par : larnas | 28/08/2007

Les commentaires sont fermés.