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24/05/2006

Juin 1907 : Actions, sang et larmes :

1° : 19/20 juin : Arrestation des membres du Comité d’Argeliès et de Ferroul,
Siège de la Sous Préfecture de Narbonne, les fusillades.

Après le sommet des manifestations pacifiques du 9 juin à Montpellier,  les démissions de municipalités, la grève des impôts, chacun espère que les décisions politiques au niveau national vont enfin aboutir. Le lundi  10 juin  s’ouvre à la Chambre des députés la discussion sur le projet de loi tendant à prévenir le mouillage des vins et les abus du sucrage, des disputes ont lieu entre des députés de diverses régions viticoles, mais aussi de députés de régions productrices de betterave et de sucre, l’un dit que l’on n’a fabriqué que 241 000 hl de vin de sucre en 1905, alors que le ministre des Finances Caillaud parle de 13 à 14 millions d’hl. C’est un dialogue de sourds mais pas de muets. L’article 1 de la loi fait l’objet de multiples amendements, l’un est ainsi rédigé : (origine Chion-Ducollet, défenseur de la piquette fabriquée avec les résidus de marc après pressurage) art.1° : Il est défendu d’avoir de l’eau sur sa table pour déjeuner…..

Tout cela ne fait pas très sérieux, alors que des évènements graves se préparent à Paris et dans le sud. Le 12 juin le président du Conseil convoque à Paris tous les préfets concernés, il déclare que « force restera à la loi ». Le 14 juin, 442 municipalités ayant démissionné  ont adressé un courrier à Clémenceau.. A Carcassonne l’évêque bénit le mariage de la fille du Conseiller Général de Niort, alors que le mariage n’a pas été enregistré à la mairie pour cause de grève. (Il sera condamné plus tard à une amende). A Montouliers on refuse d’enterrer les morts. Le Théâtre de Narbonne brûle entièrement.. A Fraïsse des Corbières la porte de la mairie est murée. A Cabrerolles il est refusé d’effectuer toute formalité. Le député de Saint Chinian, Jules Razimbaud, prévient de Paris, par téléphone, deux amis, que l’arrestation de tous les membres du Comité d’Argeliès a été décidée au plus haut niveau de l’Etat. Il partent dans la nuit à Argeliès pour prévenir Marcelin Albert et l’amener à Saint Chinian ou il restera secrètement jusqu’au 17 juin. A cette date on continue de discuter à la Chambre de la loi viticole, on en est à l’article 5 celui qui doit préciser la taxe sur les sucres. Felix Aldy député de Narbonne interpelle le gouvernement sur les mesures en préparation et exige une discussion immédiate. Mais Clémenceau demande un vote pour fixer la discussion au vendredi 21. Il a une majorité importante 412 voix sur 570. Albert Sarraut , député de Lézignan,  Secrétaire d’Etat à l’Intérieur qui sait ce qui se prépare, donne sa démission.   Narbonne est en ébullition, le colonel Mermet commandant le 100° de ligne, basé habituellement à Narbonne, qui a été envoyé au camp du Larzac, est mis à la retraite d’office et rentre dans ses foyers boulevard Gambetta. Une manifestation  de 5000 à 6000 personnes s’organise aussitôt pour lui témoigner le soutien de la population. La ville est en état de siège, 3 régiments de ligne et 2 régiments de cuirassiers sont dans ses murs.

A 1h. du matin du 19 juin, Antonin Palazy président de l’association des viticulteurs du biterrois arrive à Argeliès prévenant de l’approche du village du régiment 13° Chasseur et de 370 gendarmes à cheval répartis en 3 groupes qui vont bloquer toutes les issues du village. L’arrestation des membres du Comité est programmée pour 4 h. du matin. Immédiatement le tocsin sonne et est repris par tous les villages alentour. La population de Quarante arrive à 2h.30 elle sera suivie par de nombreux vignerons de la région et il seront plus de 10 000 lorsque Le docteur Senty, Just Cabannes et Edouard Bourges sont arrêtés et placés dans des voitures pour les convoyer vers la gare de Villedaigne ou attend un train qui doit les amener à Montpellier. Il manque  Marcelin Albert , Elie Bernard, Marius Cathala, et Richard François. Après de nombreuses péripéties le convoi arrive enfin à Villedaigne et les personnes arrêtées sont placées dans le train qui s’éloigne vers Montpellier.

A Narbonne, plusieurs compagnies du 139° régiment de ligne prennent position au petit matin du 19 dans la rue menant au domicile du docteur Ferroul, député maire de la ville proche du boulevard  Gambetta. A 4 h. le tocsin résonne et le peuple narbonnais se précipite. Sa porte est gardée, et Ferroul est sur son balcon entrain de faire un discours au peuple de sa ville. Il refuse de se rendre à un commissaire de police, allez chercher le procureur de la République, je le représente lui répond le commissaire Camus. Celui-ci demande le renfort de la cavalerie des cuirassiers, ce qui met en fureur la foule. Ferroul accepte de se rendre à deux militaires du contingent. Il est aussitôt entouré par 150 cuirassiers qui le conduisent au boulevard ou une voiture de location  le prend en charge, il exige que l’on abaisse la capote et traverse ainsi la ville debout saluant la foule de son chapeau. Le colonel d’Aillères qui commande les cuirassiers fait mettre sabre au clair et ordonne plusieurs charges pour ouvrir le passage. Ferroul est amené à Villedaigne et monte avec ses gardiens dans le train qui l’amène à Montpellier. La haine des narbonnais contre les cuirassiers vient surtout de leur participation active à l’arrestation de Férroul. Et arrive dans la journée le 7° régiment de cuirassiers qui vient s’ajouter au 10° arrivé la nuit précédente. Toute la journée des incidents se produisent dans toute la ville, aucun ravitaillement ne peut parvenir aux cantonnement des régiments, le premier accrochage sérieux a lieu au jardin du musée à côté de l’Hôtel de ville, le capitaine Ducros est atteint à la gorge par des éclats de verre et saigne abondamment, les artères tranchées, le médecin Dupart doit les lui recoudre sur place entouré par les militaires du 139° de Tulle. Tout le monde est très nerveux, les militaires fatigués. Des barricades s’élèvent un peu partout, les incidents se multiplient. La situation s’aggrave et deux faits vont entraîner des conséquences dramatiques. A 20 h. attaque surprise de la Sous Préfecture, on met le feu à l’aide ballots de paille et d’essence à la grande porte et la petite porte donnant accès aux bureaux est enfoncée, des coups de feu sont tirés en l’air, après une heure de bataille, des gendarmes et des soldats venant de l’extérieur dégagent les assiégés et arrêtent 2 émeutiers. Les cuirassiers reçoivent l’ordre de dégager le boulevard Gambetta et font plusieurs passages au trot puis au gallop, mais toutes sortes de barrages sont placés en travers, des objets lancés du haut des balcons les chevaux s’affolent, on entend des coups de feu, les lampadaires sont cassés et vers 21 h. les cavaliers commencent à tirer sur tout ce qui bouge, sur le café encore éclairé, pendant plus d’une heure ce sera un caroussel sanglant, il y aura 1 mort, neuf blessés graves par balle et des dizaines par coup de sabre. Un jeune de 14 ans qui était caché dans un  fusain près du café reçoit une balle dans le dos.

Le lendemain20 juin, les narbonnais ont la haine des cuirassiers et des policiers en civil. On leur fait la chasse. On en voit partout, et lorsque  quelqu’un habillé comme un estranger on lui parle en occitan pour avoir une réponse locale. On exige des journalistes la présentation de leur carte. Une décision malencontreuse du Préfet Aubanel venu en soutien du Sous Préfet, va indirectement provoquer le drame du jour. Il envoie 4 policiers en civil faire une reconnaissance en ville à 13 h .30. Il se trouve qu’ils ont participé à l’arrestation de Ferroul.. Le commissaire Jouven est le premier reconnu, et heureusement pour lui, le docteur Gibert est présent dans la foule qui le questionne et se propose de le jeter à l’eau, c’est lui qui le matin même a fait porter une lettre au sous préfet, pour lui demander de retirer les cuirassiers de la ville. Il prend la protection de Jouven et le conduit à la sous préfecture. Le second Guillaume est pris à partie sur Les Barques, il reçoit des coups est aveuglé par le sang qui coule, cherche à fuir, un civil vient à son secours et le reconduit d’où il venait. Le sous brigadier Pouce a moins de chance, on le frappe, on le fouille et on trouve ses papiers de policier. On n’est pas loin de l’Hôtel de Ville, un passant moins excité le protège et l’y conduit. Le quatrième passe un mauvais quart d’heure. L’inspecteur Gossot est pris a partie par une centaine de personnes, on le déshabille complètement, il perd tout,  on le conduit au comité viticole dans la rue de l’Ancien Courrier, il réussit à s’échapper dans l’escalier et monte sur le toit, on le reprend, et un autre groupe s’en empare, on le conduit sur la passerelle des barques et on le jette au canal. Il nage vers le pont face aux Halles et réussit à sortir de l’eau, quelques personnes veulent maladroitement  le protéger, cherchent une pharmacie, aucune ouverte et se retrouvent à nouveau vers l’hôtel de Ville ou ils portent Gossot presque inconscient. Mais les militaires de garde ne comprennent pas, ils mettent Gossot à l’abri et pensent qu’il s’agit à nouveau d’une attaque ; le lieutenant  De Lacombe fait mettre baïonnette au canon, et spontanément des coup de feu éclatent en 2 salves lourdes, le tir a couvert toute la place, 5 morts, une dizaine de blessés lourdement atteints et d’autres plus légers.

L’irréparable s’est produit……

A suivre

Commentaires

Qu'à fait exactement mon arrière-grand-père: M. Edouard Bourges?

Écrit par : Cazaudebat Philippe | 20/01/2007

Edouard Bourges n'a rien fait d'autre que sa participation au Comité d'Argeliès, au côté de Marcelin Albert, on le voit et l'entend le 5 mai à la manifestation de Narbonne, parler aprés Ferroul et Marcelin, "Nous ne nous arrêterons que lorsque nous aurons satisfaction, si les moyens légaux ne suffisent pas nous emploierons les moyens illégaux. A un ouvrier qui demandait la libération d'ouvriers de Cruzy arrétés à la suite de grêves, il dit: nous irons les libérer et Ferroul à sa suite : Je propose que les 80 000 citoyens ici présents demandent la libération immédiate de ces ouvriers. . Edourd Bourges prend la parole à la manifestation de Carcassonne le 26 mai. Le 15 juin il y a des discussions orageuses au sein du Comité entre les modérés et les ultra et Edouard Bourges est exclu, un communiqué de Marcelin précise que ce n'est pas pour des questions d'indélicatesse ou d'honneur que le Comité s'est séparé de lui....Clémenceau avait décidé l'arrestation de tous les membres du Comité d'Argeliès, le 18 juin, vers 4 h. du matin aprés une perquisition a son domicile, Bourges est arrété de même que le docteur Senty, et Just Cabannes, pendant qu'au même moment Ferroul l'est par les Cuirassiers .

Écrit par : Jean Clavel | 20/01/2007

Mon arriere grand-pere Antonin Palazy(dont j'ai un portrait au fusain si cela vous interesse pour vos illustrations)etait present lors des emeutes de Beziers, quel a ete exactement
son role avant ,pendant et apres cette perriode.
Merci d'avance pour vos informations ,les miennes n'etant que des sources de traditions familiales donc sujettes a caution
S.DELRAN

Écrit par : suzanne romieu delran | 18/04/2007

Bonjpur Mme Delran, votre ancêtre Antonin Palazy a eu une fonction importante tout au long des évènements professionnels viticoles de la période 1900-1910 et plus tard aussi. Il était membre de la Société Départementale d'encouragement à l'Agriculture, qui avait beaucoup d'activités, plus de 4000 membres actifs, un bulletin mensuel, et en était le vice président délégué pour Béziers et sa région. En 1905, il a cosigné un document qui appelait à un Congrès de défense viticole à Béziers qui aboutit à la création du Comité de défense viticole du Midi qu'il présidait.
C'était une période trés agitée avec de nombreuses grèves d'ouvriers agricoles, constitution de syndicats de salariés...Il a eu un rôle au moment de l'arrestation des leaders viticoles à Argeliès et au moment de la mutinerie du 17°.Certains disent que la fameuse dépêche de Clémenceau qui mit fin à la mutinerie, était une invention de Antonin Palazy. Il a écrit un article dans Midi Libre le 21 juin 1947 ou il racontait la mutinerie et son rôle dans sa conclusion
Il y aurait beaucoup à dire sur son action trés efficace dans le cadre des organisations professionnelles, il a eu un rôle important dans la réponse trés circonstancié faite à la Commission Parlementaire par le département de l'Hérault en mars 1907
JC

Écrit par : Jean Clavel | 18/04/2007

je recherche lieu de naissance d'Antonin Palazy Béziers ou Maureilhan?

J'accepterai bien une numérisation de son portrait, commele propose Suzanne Durieu pour illustrer dictionnaire des Enfants de L'hérault

MERCI POUR VOTRE COLLABORATION

Écrit par : FERRAND YVETTE | 02/08/2008

Bonjour Yvette Ferrand, si j'en crois Jean Sagnes, historien et universitaire spécialiste de 1907, Antonin Palazy est né à Maureilhan le 22/12/1869. Il avait une propriété viticole importante à Vendres à l'embouchure de l'Orb, 110 ha de vigne. Je tente de vous faire passer un mail sur votre adresse perso avec un extrait du tableau de Louis Paul qui se trouve au Musée du vieux Béziers représentant Antonin Palazy remettant au Général Bailloud le faux télégramme de Clémenceau qui a mis fin à la révolte du 17°
Bien amicalement
Jean Clavel

Écrit par : Clavel | 03/08/2008

{Bravo pour cette information comme toujours super accessible|J'ai Retweeter cette article
|Je vient de passer ca sur google +|Felicitation jolie texte!|Je prend cette article pour un don|Je voulais relever par ce commentaire que je suis ravi de la qualite de ce site. C'est rare mais les commentaires evitent d'etre pourris par du spamco et on peut donc avoir un vrai debat. Merci ca fait plaisir.|Ce paragraphe est toujours d'acualite?|J'ajoute que rarement des sites a mes Marques pages mais il est vrai que votre actualite merite une attention digne de ce nom.}

Écrit par : robot pour piscine | 29/08/2012

Bien le bonjours! Afin de générer le website Je me demandais jauger les tendances J'aimerai beaucoup savoir si les inscription sont adopté sur votre site web. Si oui comment fait-on

Écrit par : robot piscine | 29/08/2012

Monsieur,
je lis avec attention votre article ainsi que les commentaires,
et je me permets de vous questionner à mon tour.
Pouvez me dire si vous avez connaissance d'informations
autour d'un Jean Exupere Aventin Cassagne ?
Ou bien; ou est ce que je peux me renseigner à ce sujet.
Merci par avance de votre réponse.
cordialement,

Écrit par : Une Question | 24/06/2013

Bonjour,
Je n'ai pas d'éléments concernant Jean Exupère Aventin Cassagne, il n'est pas sur la liste des soldats révoltés du 17° RI
Pouvez vous me donner quelques infos sur cette personne, viticulteur ? quelle commune? quel rôle ?

Écrit par : Clavel | 24/06/2013

Merci de votre diligence.
De mon côté les éléments sont faibles, voilà pourquoi,
je me permets de vous interroger.
il réalisait son service militaire durant 1907.

Écrit par : Une deuxième question | 25/06/2013

WOW, ça c'est un bon article, que et il vous laisse tout de suite un commentaire

Écrit par : bonus de paris sportif | 05/05/2014

Avoir un blogging souvent à jour est très indispensable pour maintenir le contact avec ces internautes, tout à l'instar des commentaires c'est pour ça que nous vous laisse ce commentaire pour vous encourager.

Écrit par : cote france honduras | 12/06/2014

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