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13/05/2006

9 juin 1907 : Le sommet de Montpellier

Entre le 28 avril à Lézignan et le 9 juin à Montpellier, il y a eu un crescendo du nombre de manifestants, le 2 juin à Nîmes il y avait entre 250 000 à 300 000 personnes, à Montpellier ils sont au moins 600 000. 200 trains spéciaux transportent les vignerons, leur famille et tous ceux qui veulent participer, et comme la compagnie PLM n’a pas assez de wagons de voyageurs, elle utilise les fourgons (40 hommes 8 chevaux) prévus pour les déplacements militaires. Il y a des bagarres à Perpignan pour monter dans les trains.

 Les gens commencent à arriver dès le 8 juin au matin, tous les moyens de déplacements sont utilisés, chevaux attelés aux jardinières, portant la nourriture et boisson des gens et des animaux. On a ouvert les écoles et les églises pour loger tout ce monde, les Mas et les Châteaux viticoles autour de la ville accueillent les attelages.

Joseph Dressaire âgé de 17 ans avec son copain Théron, partent en vélo au petit matin de Colombières sur Orb, et roulent plus de 6 heures pour arriver à Montpellier a temps. >Le 8 au soir la ville est déjà pleine, ceux qui ne peuvent entrer dans les églises ou les écoles, sont accueillis chez les particuliers, les cafés restent ouverts toute la nuit. Marcelin à publié un appel au calme dans les 3 grands journaux régionaux, é…..Camarades vignerons ! Ecoutez notre dernier appel. Vous êtes fort par le nombre et par le droit. Soyez calme, il le faut ! Il le faut à tout prix, notre cause l’exige !"
Toute la matinée les trains déversent le participants, les provençaux, les bordelais, les jurassiens, les gascons, il y a même une délégation venue d’Algérie. 150 étudiants toulousains servent de garde d’honneur à Marcelin qui est arrivé à 9 heures le matin dans la voiture de M. Pataud vigneron audois. Le Comité d’Argeliès a distribué des centaines de milliers de tract appelant au calme et donnant les indications pour les lieux de rassemblement, l’ordre du défilé, le circuit. Le départ a lieu à midi, en tête du cortège Marcelin et sa garde rapproché d’étudiants, les comités d’Argeliès, de Baixas, et de Montpellier, puis les départements hors région, puis les PO, l’Aude, le Gard et enfin l’Hérault, départ rue Nationale retour par l’Esplanade, mais 600 000 personnes c’est trop pour entrer dans le circuit et beaucoup doivent emprunter les rues voisines et suivre de loin. A 15 heures c’est les discours, le maire de Montpellier qui a eu des paroles malheureuses sur la nécessité d’arrachages des vignes, est remplacé par un adjoint Maurice Reynès qui apporte le salut de la ville, Marcelin arrive à la tribune sur les épaules des manifestants, un peu comme le torero qui a réussi une belle faena. C’est son dernier grand discours, il le sait. ….

"Il y a 3 mois à peine j’étais seul. Seul, entendez vous bien, à n’attendre notre salut que d’un soulèvement général de la conscience méridionale. J’étais seul à rêver d’un Midi qui se lèverait comme un seul homme pour dire à la France entière : nous ne sommes pas des parias, il faut que cela finisse…….Après Ouveillan et Coursan, après Capestang et Lézignan, c’était Narbonne, c’était Béziers, la boule de neige devenait avalanche, c’était Perpignan, puis Carcassonne, puis Nîmes, et aujourd’hui c’est enfin Montpellier, c'est-à-dire tout le Midi rassemblé pour faire entendre son cri de détresse, 800 000 hommes sont là c’est l’armée du travail la plus formidable qui se soit jamais vue. Elle est pacifique, certes, mais résolue à tout….. Plus que jamais restons unis sans distinction de parti, sans distinction de classe, pas de jalousie, pas de haine, pas de politique, Tous au drapeau de la défense viticole….Vous êtes résolus à ne plus payer vos impôts, qu’on ne vienne plus chercher dans nos communes ce que nous n’avons pas. Vous avez décidé à Béziers, par un ultimatum qui vient aujourd’hui à échéance, que toutes les municipalités des départements fédérés, devront démissionner dans les 3 jours si nous n’avions pas satisfaction. L’heure est venue, le citoyen Ferroul, mon fidèle lieutenant vous donne l’exemple. La démission de toutes les municipalités est proclamée. Vive à Jamais le Midi ! Vive le vin naturel !"
Le docteur Ferroul, député maire de Narbonne lui succède à la tribune, …le signal est donné, le chef des gueux du Midi vient de proclamer la grève de l’impôt et la démission des municipalités, il faut que dans 3 jours, il n’y ait plus un conseil municipal dans les 4 départements fédérés. Le Midi cesse de parler il entre dans l’action…..
M. Faucilhon adjoint au maire de Carcassonne prend la suite de Ferroul, ….comme montpelliérain chassé de ma ville natale par le phylloxera, comme doyen des magistrats municipaux de l’Aude, j’ai des devoirs et ces devoirs me dictent un geste. Je jette mon écharpe d’adjoint au peuple souverain……
La rupture avec l’Etat est complète, plus d’impôt, plus d’administration locale. La dislocation se fait mais des désordres et des incidents sont nombreux, des manifestants entraînés par des jeunes vont vers la préfecture en criant « démission », puis vers la mairie et vers le domicile du maire Briol, rue Saint Ghilhem., il faut l’intervention des cavaliers gendarmes. A Narbonne des incidents à la caserne du 100° de ligne préfigurent ce qui se produira le 19 et le 20 à Béziers. Les appelés montent sur le mur de la caserne qui borde la ligne de chemin de fer vers Perpignan, ils applaudissent tous les trains qui passent. Ils sont très remontés contre la hiérarchie car depuis 5 semaines, ils sont consignés au quartier à cause des manifestations.

Les sergents de semaine cherchent à les faire descendre du mur, l’un, dénommé Campo menace de sanctions, c’est l’étincelle, il y a une bagarre Campo est blessé. On appelle les officiers qui étaient à leur domicile, le colonel Marmet arrive et habilement reprend le contrôle de la situation qui aurait pu dégénérer. Mais peu après, il est mis à la retraite d’office, d’autres officiers sont sanctionnés en particulier le capitaine Sidobre Victor originaire du Minervois dont le récit m’a été communiqué par Mme Sabench d’Ardouane son arrière petite fille. Mais c’est le lendemain que les actes de violence se développent à Montpellier.

Marc Sangnier fondateur du Sillon qui devait tenir une réunion au Pavillon Populaire est pris a partie par une foule de jeunes chantant La Carmagnole et l’Internationale, les portes et les fenêtres sont brisées et il doit s’enfuir et se réfugier dans la rue Maguelonne chez un habitant. La municipalité qui tient une réunion à la mairie décide sous la pression des manifestants de démissionner. Les cafés de la place de la Comédie sont attaqués. Le Riche et l’Hôtel Métropole subissent des dégâts importants. Après cette manifestation monstre du 9 juin s’ouvre une période d’incertitude, de démissions de municipalités, de débats au Parlement, sans décisions, on sent bien que des évènements plus graves se préparent dont ceux qui détiennent le Pouvoir sont bien incapables de mesurer la gravité…

 

A suivre

Commentaires

Très bien ce blog. J'aurais bien aimé le connaître s'il avait existé deux ans plus tôt, au moment où je traduisais le journal de voyage en Languedoc du philosophe John Locke (qui s'est intéressé de près à la vigne et au vin). Je me serais autorisée à vous poser quelques questions sur les cépages anciens.

Pourquoi vous limiter à cette révolte et ne pas raconter l'histoire du vin dans notre région (en anecdotes ?)?

Moi quand je vois toutes ces vignes qu'on arrache et qu'on remplace par des champs de céréales, ça me fout le blues.

J'ai goûté aux vins californiens aux US et aux vins sud-africains récemment. A prix égal, le vin d'ici est incomparablement meilleur. Le vin rouge sud-africain est plein de soufre, et il m'a rendue malade.

Écrit par : Marie | 13/05/2006

Marie, Je crois que j'ai parcouru à la biblio centrale de Montpellier l'ouvrage de John Locke. Je n'avais pas ma carte ce jour là et je n'ai pu l'emporter. J'ai recherché dans le sommaire tout ce qui a trait à la vigne et au vin, je me rappelle de certaines choses la taille dont il parle plusieurs fois, le vin de Frontignan qu'il a trouvé mauvais, Saint Chinian qui lui a plu....Pour ce qui est des cépages j'ai de nombreuses anecdotes et une certaine connaissance, sur ce blog j'en parle un peu dans ce qui a trait à l'INAO, il y a un paragraphe le 3° je crois ou je parle du morastel rouge a jus blanc. J'ai écrit des choses sur l'histoire de la vigne et du vin en Languedoc un bouquin chez Privat à Toulouse en 85 un autre chez Causse à Montpellier en 99. Peut être que je m'y remettrai un jour. Maintenant je voudrais mener à bien l'histoire de 1907, en fait de 1900 à 1910, et de rapprocher la situation les cisconstances d'alors avec aujourd'hui. Aprés la commémoration de 1907, en été 2007 j'envisagerai autre chose.
bien cordialement. Jean Clavel

Écrit par : Jean34 | 13/05/2006

Merci beaucoup pour votre réponse, Monsieur Clavel.

Pourriez-vous indiquer les références de vos ouvrages (titres surtout) ?

Je pense que je vais bientôt traduire un autre écrit de Locke.

Je trouve que les instances "dirigeantes" locales, départementales et régionales accordent bien peu d'intérêt à leurs auteurs (je n'ai pas trouvé vos livres alors que j'ai effectué des recherches sur la vigne et le vin, entre autres choses, pendant plus d'un an).

Écrit par : Marie | 15/05/2006

Certains ouvrages étaient destinés au public professionnels et ont été distribués directement, "Réussir" au Paysan du Midi, "Qualité oblige" "Les trompettes de la renommés" ....alors que j'étais directeur des Coteaux du Languedoc, d'aitres plus largement comme "Histoire et Avenir des vins du Languedoc" chez Privat 1985, "Vins et cuisine de terroir Languedoc" Privat 1988 epuisés depuis longtemps mais que l'on doit trouver sur Internet chez les marchands de livre d'occase, le 21° siècle des vins du Languedoc" chez Causse Montpellier" qui doit être encore chez Sauramps.

Écrit par : Jean34 | 15/05/2006

Je félicite sincèrement Jean Clavel pour son initiative qui relie heureusement un passé encore très présent et la promotion nécessaire de nos vins à un moment crucial de la mondislisation viticole. Tous mes encouragements et mes voeux pour cette commémoration qui s'annonce très fertile en initiative. etant déchargé d emes fonctions de président d'université je suis plus disponible pour intervenir en tant qu'historien si besoin est ( mais je ne suis pas le seul...) à votre disposition en tous les cas. Adissiatz!
Rémy Pech,professeur d'histoire contemporaine, Université de Toulouse-Le Mirail.

Écrit par : Rémy Pech | 25/05/2006

Rémy Pech, merci de ce commentaire qui me fait un grand plaisir et qui m'honore, venant de l'Intellectuel et de l'Historien qui, entre autres choses, a montré aux étudiants et au grand public toute la dimension et la complexité des évènements de 1907. Je ne suis qu'un modeste artisan, né à Montredon les Corbières, qui a baigné toute sa vie dans la problématique vigneronne et qui tente d'en retirer quelques enseignements. Merci de votre proposition de participation, que je communiquerai aux diverses partie prenantes.
Bien cordialement Jean Clavel

Écrit par : Jean34 | 26/05/2006

Bonjour : je reviens tardivement sur le blog très prise par mes obligations professionnelles. Je vous rappelle qu'il est de tradition orale dans ma famille que mon AGP – BANAL Gustave de Perpignan de 1884 – ait participé aux évènements de 1907.

J'ai lu avec beaucoup d'intérêt votre récit de ces journées. Je m'intéresse plus particulièrement au mouvement du 17° dans lequel était mon AGP, ça nous le savons avec certitude dans la famille.

Les questions que je me pose sont les suivantes :
C'est tout le régiment qui s'est mutiné ? Combien d'hommes dans ce régiment ? Ils ont tous été déportés en Tunisie ? Et les officiers ou l'encadrement n'ont pas bougé ?
A cette époque, l'armée n'était pas réputée pour sa tendresse. Ca valait le conseil de guerre ce genre de truc !!!

Merci de vos éclaircissements qui m'amèneront à me plonger de plus près sur cette période.
Claudine - A+

Écrit par : Claudine | 09/06/2006

Bonjour Claudine, J'ai recherché dans la liste des mutins partis à Gafsa en ma possession, le nom Banal Gustave, et ne l'ai point trouvé. Mais il y a des manques dans cette liste. Mais ce qui est plus surprenant, je n'ai trouvé aucun appelé des PO. Quelques uns de l'Aude, la pluspart de l'Hérault. Avez vous des documents, des lettres, des cartes postales de votre AGP ? J'ai moi même de mon GP de nombreuses choses, photos du régiment, livret militaire, j'ai même celui de mon AGP qui a fait son service au même régiment en 1875. Votre AGP n'aurait-il pas fait son service au 100° RI de Narbonne qui a connu des problèmes identiques au 17° RI de Béziers en moins grave mais le colonel du 100° a été mis à la retraite d'office avant les fusillades de Narbonne et la mutinerie de Béziers. Il y a eu a peu prés 2/3 de mutins dans le 17° , au moment du trie à Gap, 300 d'un côté 600 de l'autre. Au plus fort de l'effectif à Gafsa, tout compris off et sous off compris il y eu 672 militaires au bataillon disciplinaire commandé par Vilarem.
Bien cordialement Jean Clavel

Écrit par : Jean34 | 09/06/2006

De l'Aragon, tous joints pour défendre la culture des vitivinicultores de la la Méditerranée. L'histoire en Montpellier est une belle page pour nous rappeler que non tout est marché dans ce monde. Merci par le rappeler.

Écrit par : Jorge Hernandez | 02/03/2007

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