UA-391811903-1
Midilibre.fr
Tous les blogs | Alerter le modérateur| Envoyer à un ami | Créer un Blog

01/05/2006

Petite histoire de l'action viticole de Marcelin Albert

Né à Argeliès dans une famille de petits vignerons, le 29 mars 1851, il perdit son père à l’âge de 5 ans et fut élevé par son grand père et sa mère. Il fit son école primaire à Argeliès et 2 années de secondaire à Carcassonne dans une école privée. Au moment de la guerre de 70, à 19 ans il fut envoyé au 2° tirailleurs Algériens en Kabylie. Il avait un sens artistique pour le dessein au crayon et une certaine expérience de l’expression en public, des relations sociales et du vocabulaire. Argeliès possédait un petit théâtre et il avait joué « Ruy Blas » « Marceau ou les enfants de la République » dans son village mais aussi dans les villages environnants. Son surnom « lo Cigal » vient de cette vocation un peu contrariée.
medium_1907v02.jpg

Marcelin explique dans ses « Mémoires » (Librairie Universelle) qu’il engagea 4 campagnes 1900, 1903, 1905, et celle qui l’a fait connaître au plan national, 1907. En 1900, alors que le droit des « bouilleurs de cru » a été limité par le Parlement on le voit sur les places publiques, dans les café de Bize, Ouveillan, Ginestas, Montouliers, Mirepeisset, mettant en cause les parlementaires de la région qu’il accuse de perdre de vue l’intérêt régional.

 

m’écoute peu, on me traite de fou, d’illuminé, d’utopiste. Je suis seul contre tous, Eh bien ! Je vaincrai quand même. Malgré vous, indifférents et égoïstes, je vous conduirai vers une vie meilleure !! »
En 1903 il ajoute aux griefs celui de la baisse de la Taxe sur les sucres qui est réduite de 35 fr. par une loi du 29 janvier, et qui va entraîner, dit-il, le développement de la production de vins de sucre, les betteraviers du nord et les industriels du sucre et de l’alcool industriel détiennent le pouvoir politique au Parlement. Argeliès commence à apparaître comme le siège de la contestation, ce qui entraîne Albert Sarraut, député de Narbonne 2, parlementaire radical connu, a y tenir une réunion le 24 septembre 1903. Le débat avec Marcelin est viril, l’un manie habilement la langue de bois politique, l’autre parle le langage des gens qui vivent les angoisses quotidiennes de la mévente, il réclame l’aide de l’Etat pour une distillation rapide des excédents. (même discours en 2006). On retrouvera Albert Sarraut sous secrétaire d’Etat à l’intérieur en 1907 et il devra démissionner provisoirement après les évènements de juin, il sera de tous les gouvernements de la France jusqu’en 1940.
En octobre 1903, Marcelin s’oppose à Narbonne au député socialiste Félix Aldy : il dit : « Si vous ne faites rien, on s’organisera tout seul contre les fraudeurs. Argeliès a créé une commission de surveillance, Coursan et Sallèles d’Aude en font autant, nous montrons du doigt les négociants fraudeurs, acheteurs de sucre et on les empêche d’aller prendre livraison de leurs commandes ».

 

La situation ne s’améliore pas et les grèves des salariés agricoles compliquent la situation sociale. En 1904 les tentatives d’union sacrée de toutes les classes de la société languedocienne sont des échecs, et la situation empire, elle atteint tous les secteurs de la vie économique Le 20 novembre 1904 le syndicat professionnel viticole de Béziers prend l’initiative de convoquer un Congrès viticole régional et une circulaire est adressée à toutes les municipalités, tous les organismes viticoles, tous les syndicats ouvriers des 7 départements des Pyrénées Orientales au Var. Ce Congrès se réunit le 20 janvier 1905 pendant 3 jours, avec près de 2000 délégués. Il refuse à la majorité le recours à des actions jugées anti-républicaines comme la grève des impôts et la démission des élus, mais désigne un Comité Régional Viticole pour rechercher des modes d’actions à développer.

 

>Le 30 avril 1905, Jean Jaurès venait parler aux arènes de Béziers, principalement aux ouvriers agricoles en grève. Mais Marcelin était présent, accompagné de 30 vignerons d’Argeliès, et ils avaient mis leur programme sur leurs chapeaux : « Viticulteurs méridionaux, travailleurs agricoles, ouvriers, commerçants, Debout, Debout pour le salut du Midi, Par la grève des corps élus, par le refus de l’impôt, défendons nos droits à l’existence ».

 

Les parlementaires de la majorité gouvernementale, socialiste Félix Aldy, les radicaux G. Doumergue et Albert Sarraut tentent d’obtenir de l’Assemblée un titre fiscal de mouvement pour les achats de sucre à partir de 50 kg, et une surtaxe sur les vins de sucre. Le 14 juin ce projet est repoussé par 386 voix contre 200.

 

Cette décision politique provoque une montée en puissance de l’action du Comité d’Argeliès. Le Conseil municipal d’Argeliès démissionne le 16 juin, et recueille une première pétition 400 signatures principalement , « les soussignés décident de poursuivre leurs justes revendications jusqu’au bout, de se mettre en grève contre l’impôt, de demander la démission de tous les corps élus, et engagent toutes les communes du Midi et de l’Algérie à suivre leur exemple aux cris de : Vive le vin naturel ! à bas les empoisonneurs ! » suivi de celui d’Alignan du Vent, de Puissalicon, d’Aigues Vives. Dans l’Hérault 33 conseils municipaux approuvent les démissions et sont près à suivre. Le 19 juin mille vignerons réunis à Sallèles d’Aude décident de s’opposer par la force aux interventions des huissiers qui venaient saisir les biens des plus endettés, et cette décision a une application immédiate, un huissier qui venait saisir un vigneron d’Argeliès, dut repartir, un peu secoué, avec un billet : « Les soussignés, agissant en vertu d’une décision prise par les contribuables et viticulteurs de la commune d’Argeliès, invitent le porteur de contraintes, à cesser toutes poursuites au sujet du recouvrement de l’impôt. ».

 

Le Comité Régional Viticole prépare une manifestation de protestation pour le 2 juillet aux arènes de Béziers qui réunit 15 000 personnes, de nombreux ouvriers sont présents aux côtés des viticulteurs et des décisions sont prises, démission des élus, il ne sera pas opposé des candidats lorsque de nouvelles élections surviendront, les propriétaires promettent de ne plus licencier de personnel, mais cette volonté semble contestée par les municipalités des grandes villes, Béziers, les élus du Gard refusent la grève des impôts….

 

Pendant ce temps Marcelin poursuit sa mission, un jeudi jour de marché des vins de juillet 1905, le docteur Ferroul maire de Narbonne réunit les maire de l’arrondissement dans la salle du Synode dans l’Hôtel de ville, Marcelin se présente pour participer à cette réunion, Ferroul lui en refuse l’entrée en le traitant d’imbécile. Son ami Marcouire cherche et trouve une échelle qui aide Marcelin à monter sur un platane des Barques devant le bar des « 89 départements », et de cette tribune improvisée il lança une diatribe contre les fraudeurs et les hommes politiques qu’il accuse de complicité, il dit aussi: « Mes amis, écoutez moi. J’ai promis à Ferroul en 1903 de réunir ici 100 000 personnes. Ayez confiance, bientôt je tiendrai parole »
1906 est une année électorale, les députés sortant du Languedoc sont presque tous réélus, et après quelques péripéties Clémenceau est désigné comme président du Conseil le 25 octobre. La situation viticole s’est encore dégradée et les députés du Midi s’agitent, ils obtiennent enfin la nomination d’une commission d’enquête parlementaire en janvier 1907 présidée par le député de la Gironde Cazeaux-Cazalet qui reçoit les délégués et les élus à Narbonne le 11 mars. Marcelin fait le tour de Narbonne avec son groupe des 87 d’Argeliès, clairons et tambour en tête, chantant sur l’air de Charles VI La vigneronne composée par le médecin Senty et le pharmacien Blanc d’Argeliès :

 

Jadis, tout n’était qu’allégresse

 

Aux vignerons point de soucis.

 

Hélas, aujourd’hui la tristesse

 

Règne partout dans ce pays

 

 

Un cri de rage et de douleur :

 

Refrain :

 

Guerre aux bandits narguant notre misère

 

Et sans merci guerre aux fraudeurs

 

Oui, guerre à mort aux exploiteurs

 

Sans nul merci guerre aux fraudeurs

 

 

Ce n’est qu’après une longue attente devant la sous préfecture de Narbonne que 3 personnes de la délégation d’Argeliès sont introduites devant la commission parlementaire.

 

Après la réception par la commission parlementaire à Narbonne Marcelin et son équipe enchaînent réunion locales qui réunissent de plus en plus de monde puis les manifestations des grandes villes, et le 5 mai la promesse faite à Ferroul de réunir beaucoup de monde à Narbonne est tenue.

 

Les commentaires sont fermés.