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31/03/2006

600 000 personnes, le 9 juin à Montpellier

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Le 11 mars, ils sont partis 50 avec leurs chevaux vers Narbonne, après réveil matinal, au son du clairon et tambour, pour rencontrer les parlementaires chargés par la Chambre des Députés d’étudier les solutions à la crise viticole nationale. Marcelin Albert avait essayé d’obtenir que les propriétaires de voitures automobiles, comme on disait à l’époque, amènent des vignerons du secteur. Sans résultat, mais tout de même quand ils arrivent à Narbonne, ils sont 87 du secteur d’Argeliès, ils ont utilisé d’autres moyens en particulier les vélos.

Lorsque j’ai relu le texte rédigé par ces députés à leur retour à Paris, on retrouve souvent les mêmes termes que ceux que nous entendons aujourd’hui : La crise viticole n’est pas due à la diminution de la qualité des vins, la crise viticole n’est pas due à la surproduction…..La commission est d’avis que tous les procès verbaux relatifs à des faits de fraudes soient, sans exception, transmis aux Parquets, soient jugés rapidement en appliquant les pénalités les plus sévère…
Qu’en pense, aujourd’hui, le Procureur de Montpellier qui semble avoir laissé son coude sur un gros dossier ?

Le Comité d’Argeliès est composé de Edouard Bourges le juriste, Marius Cathala gros propriétaire et érudit, rédacteur du Tocsin le journal qui va jouer un grand rôle, François Richard, Just Cabannes,Elie Bernard, le pharmacien Blanc, le médecin Senty, un ouvrier agricole, Gleize, qui sera l’assistant de Marcelin. Le docteur Ferroul maire de Narbonne rejoindra le groupe plus tard. Quelques jours après la rencontre de la commission parlementaire, le 24 mars une réunion publique réunit 300 personnes à Sallèle d’Aude, une semaine plus tard 600 personnes à Bize, 1000 à Ouveillan le 7 avril, de 5000 à 10 000 suivant les sources le 14 avril à Coursan, le 17 avril, communes de l’Aude et de l’Hérault forment des comités de défense viticoles, le 21 avril 15 000 vignerons sont à Capestang et les journaux régionaux commencent à s’intéresser au phénomène, 19 communes se fédèrent pour agir de concert.

On passe de la défense viticole à la défense de la région. Commence alors les grands meetings , 28 avril Lézignan,-Corbières, ou Galinier de Ginestas, trouve la mort car son cheval s’est emballé dans la foule, 20 000 manifestants , 5 mai Narbonne, 80 000, une pancarte dit « l’aigo al canal et lo sucre al sucrier » 12 mai Béziers, 150 000, 19 mai Perpignan, 170 000, 26 mai Carcassonne 250 000, 2 juin Nîmes 250 000, 9 juin Montpellier 600 000 personnes. A Narbonne Marcelin lit le serment des Fédérés : constitués en comité de salut public pour la défense de la viticulture, nous jurons tous de nous unir pour la défense viticole, nous la défendrons par tous les moyens. Celui ou ceux qui, par intérêt particulier, par ambition ou par esprit politique, porteraient préjudice à la motion première, et, par ce fait nous mettraient dans l’impossibilité d’obtenir gain de cause, seront jugés, condamnés et exécutés séance tenante. Ferroul lui répond : Je vous apporte mon adhésion et salue les infatigables promoteurs de cet admirable mouvement populaire ou vibre toute l’âme du pays viticole.
Il y a des épisodes tragi comiques, comme à Marcorignan, gare sur la ligne Bordeaux Marseille, une masse de vignerons veut parvenir à Béziers pour le meeting du 12 mai, à 7 heure du matin le chef de gare à délivré 1087 billets, mais tous les trains passent complets et le train qui devait, vide, venir de Narbonne n’arrive pas, à 9h30 les manifestants décident de bloquer la voie, les trains ne passent plus, les voyageurs descendent, une foule immense occupe la gare, le sous préfet de Narbonne se déplace et les gendarmes arrivent, le Préfet est prévenu et se déplace, de même que le Procureur et des auxiliaires de justice, ce n’est qu’à 17 h.15 que la voie est rendue libre et les trains peuvent à nouveau circuler. Il y a quelques milliers de personnes qui n’ont pu se rendre à Béziers.

28/03/2006

Genèse de 1907: le début de l'aventure pour le comité d'Argeliès et Marcelin Albert

medium_1907gare_-2-.jpg En 1866 on découvre à Saint Martin de Crau un dépérissement inexpliqué d’une certain nombre de pieds de vigne, puis c’est à Châteauneuf du Pape, à Orange, à Saint Rémy de Provence, on appelle les spécialistes de l’Ecole d’agriculture de Montpellier, qui sur les racines des souches malades, voient un insecte inconnu de couleur jaunâtre pompant la sève, puis ce sont des centaine de milliers de ces pucerons qui apparaissent. Le professeur Planchon nomme cet insecte phylloxera vastatrix, c’est le début d’un bouleversement de la viticulture française qui se terminera veille de la guerre de 14.

Cet insecte détruit en 20 ans la totalité du vignoble national . Dans la région c’est d’abord le Gard qui est atteint, puis le Lunellois et le Montpelliérain. Le Bitterois bénéficie d’un répit, il sera atteint en 1878, le Narbonnais en 1885, ces régions bénéficient de la montée des prix due à la rareté du vin, et ont la chance d’avoir la solution technique du greffage mise au point à Montpellier en 1871. En 1879 il y a 450 ha. de vignes greffées dans l’Hérault et en 1899 , 200 000 ha.

C’est en 1900 que débute la crise de mévente et de surproduction. Pendant la période phylloxérique on a fabriqué des vins artificiels, des vins de raisins sec achetés dans tout le bassin méditerranéen, on a pratiqué les double cuvées, les triples cuvées, mettant du sucre dans le marc de raisin dont on avait tiré le moût, remplacé par de l’eau, on a pratiqué le mouillage des vins dans le commerce pour allonger la sauce, on a aidé les plantations de vignoble en Algérie, on a développé les vignobles dans les sables du littoral, dans les zones inondables, et ces pratiques généralisées ont persisté lorsque les nouvelles plantations de cépages très fertiles ont commencé à produire.

De 1900 à 1906 il y eut des difficultés de vente plus ou moins graves, un mieux provisoire en 1903, des grèves d’ouvriers viticoles, premières victimes, car pour beaucoup c’était l’embauche à la journée et les premières dépenses réduites c’est la main d’œuvre. Les choses s’aggravent en 1906 et la vendange est problématique car beaucoup de vin reste en cave et on a peu de récipients pour la nouvelle récolte, on brade, on donne les vins, certains vident leurs foudres au ruisseau.

Pendant cette période, de nombreuses discussions, réunions ont lieu, les élus s’en mêlent, une commission parlementaire est nommée le 25 janvier 1907 à la Chambre des députés, 22 membres de toutes tendances chargés d’étudier la situation et de faire des propositions législatives. Cette commission lance un questionnaire détaillé envoyé en toutes régions, et se déplace. Elle arrive à Narbonne le 11 mars et c’est le début de l’aventure pour le Comité d’Argeliès et Marcelin Albert . (Il écrit Marcelin avec un seul L). Ce petit vigneron du Minervois, il a été aussi cafetier d’occasion, est connu dans la petite région on il anime des réunions de vignerons pour les inciter à agir. A 4 heures du matin il tente de rassembler des collègues pour rencontrer les commissaires qui arrivent par train de Paris. Il utilise le clairon et le tambour pour réveiller le village et à 5 heures ils sont 50 à prendre la route avec leurs chevaux……

21/03/2006

1907: la révolte des vignerons

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En 2007, nous allons célébrer le 100° anniversaire des événements qui ont marqué l’histoire du Languedoc Roussillon. Il en est resté dans l’inconscient collectif régional des traces durables qui s’atténuent peu à peu, se transforment, ou disparaissent totalement chez les néo languedociens. Ils sont nombreux ceux qui ignorent la réalité et l’évolution du vécu régional. Cette révolte vigneronne a eu pourtant des conséquences politiques nationales, mais aussi des répliques, comme on dit des tremblements de terre, en particulier en Champagne ou les viticulteurs ont copié ceux du sud en avril 1911.

Nous sommes quelques descendants de mutins de 1907 qui avons accumulé des informations, des documents, des photos, sur cette époque, nous sommes d’ailleurs toujours en recherche.

C’est pour rappeler, préciser et débattre, de la réalité historique, mais aussi des rapprochements que l’on peut faire avec le vécu actuel du monde vitivinicole de notre région que j’ai décidé d’ouvrir ce blog. Mon Languedoc des origines a deux têtes, l’une maternelle Narbonnaise, des Corbières à Montredon, l’autre Biterroise. Aujourd’hui le vin Clavel est Montpelliérain.

Mon Grand père paternel était vigneron à Magalas, ou mes ancêtres de cette branche s’étaient installés en 1786. Il était de la classe 1904, et finissait son service militaire au 17° régiment d’infanterie à Béziers. Son père étant mort en 1906, il était considéré comme « soutien de famille » c’est ce qui lui valut d’éviter Gafsa, et de finir l’armée le 27 septembre 1907 à Gap. Il a vécu tous les évènements de juin 1907, la marche sur Agde, le retour vers Béziers. J’ai baigné toute mon enfance dans les récits de ces exploits. Ils étaient deux frères sur l’exploitation familiale principalement à Magalas, mais aussi à Camplong, ou il y avait des châtaigniers, et des culture diverses dont un peu de vigne. Mon arrière Grand-mère et ma Grand-mère étaient nées à Camplong. Au moment de la crise des ventes de vin qui a durée de 1900 à 1910, il avait été décidé que le frère aîné (né en 1877), irait vendre le vin de l’exploitation dans les centres industriels de Lorraine. Ce qu’il fit, il s’installa dans le Bassin de Briey, à Bouligny dans la Meuse, ce fut une réussite et la famille résista bien à la crise. Les vins étaient expédiés à partir de la gare de Magalas ou de Laurens en demi-muid de 600 litres, que l’on appelait « transport ». L’affaire était devenue florissante et se développa jusqu’à ce qu’en 1916 la région soit évacuée à cause de la guerre, le frère mobilisé ayant été grièvement blessé, il ne put reprendre cette activité après l’armistice de 1919. Elle fut louée.

En 1980, lorsque je rédigeais mon premier livre sur les vignobles du Languedoc, j’avais émis un jugement lapidaire sur 1907 :

……Le Languedoc possède sa chanson de geste que chacun interprète à sa façon en annexant tel ou tel aspect placé sous la loupe grossissante de l’histoire, chanson de geste qui sert d’exemple et de référence aux pires démagogies…..

J’avais aussi précisé les côtés positifs de ces manifestations, mais aussi qu’il fallait comparer le mode et les conditions de vie des ouvriers de la révolution industrielle, ou des paysans bretons, avec celui des vignerons languedociens pour rester objectif dans les commentaires.

Aujourd’hui j’attache plus d’importance à cette période de notre histoire, et lorsque je relis ce que les responsables professionnels viticoles écrivaient pendant la crise du début de 20° siècle, je me demande si nous ne revivons pas les mêmes phénomènes socio économiques, le débat était entre les betteraviers du nord, fournisseurs de sucre et d’alcool et les vignerons du midi qui protestaient contre l’élaboration des vins de sucre. Aujourd’hui la crise des AOC françaises est en grande partie causée par la chaptalisation au sucre de betterave, légalement autorisée dans certaines régions, ce qui entraîne une fraude régulièrement dénoncée. J’aurai l’occasion dans les débats qui seront, je l’espère, nombreux et animés sur ce blog, de développer ces réflexions.