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31/03/2014

Georges Clémenceau et Jeau Jaurès

 

Semblables et différents

 

Georges Clémenceau et Jean Jaurès sont des personnages remarquables de la 3° République, l'un et l'autre, intellectuels et humanistres recherchant dans leur engagement politique, des solutions d'organisation sociale visant à un meilleur équilibre des diverses classes de la société française, luttant pour une amélioration de la situation des ouvriers et paysans, et pour une meilleure égalité devant la loi. Mais l'un ,Clémenceau, engagé dans le radical-socialisme, défend l'individu recherchant dans sa formation scolaire et intellectuelle, le moyen personnel d'épanouissement famillial, qui lui permette , individuellement, de mieux vivre dans la société française du moment, alors que Jaurès, influencé par la philosophie marxiste et pacifiste militant convaincu, préfère l'action collective, par la recherche de la prise de pouvoir de la classe ouvrière, dont l'action devrait aboutir a une société prospère, égalitaire, sans classe sociale. Parlementaires tous deux, et écrivant dans des journaux d'opinions, ils débattent de leurs différences et de ce qui les rapproche.

Clémenceau ne croit pas au socialisme marxiste de Jean Jaurès, qu'il considère comme utopique, même s'il le rspecte profondément;(La Mêlée sociale) (Le monde selon Clémenceau de Jean Garrigues . Ed.Taillandier-2014)

« M. Jaurès eut-il l'heureuse fortune d'être en possession de la vérité absolue, il ne peut faire le bonheur de l'humanité qu'avec son consentement; Il faut donc la convaincre d'abord. Il s'y essaye bravement, avec un entrain, une bonne foi, qui l'honore. J'ai lu ses articles dans L a Dépèche, ma culture intellectuelle ne doit pas être inférieure à celle des paysans. Eh bien, je le dis franchement, il n' pas fait la lumière dans mon esprit. J'en conclue que nous sommes loin de compte!!

Il ne lui est pas hostile sur le principe:

Jaurès a conçu l'ambition légitime, de faire du parti socialiste, un parti de gouvernement, il y dépense sans compter, le meilleur de son énergie, . Bien que je ne sois pas « socialiste » au sens restreint, où il plait à sa foi marxiste de l'entendre, je pense qu'un immense progrès serait réalisé si l'éloquent leader réussissait dans sa haute entreprise.

Mais Clémenceau redoute la stratégie révolutionaire (mai 1901)

Le parti socialiste, hanté par le besoin atavique de mettre une réconpense, au boût de chaque effort, s'offre, peut être un peu vite, à faire descendre, le paradis sur terre.. Des changements de loi, ne sauraient accomplir ce miracle, toute réforme d'organisation, n'ayant de valeur, que par la réforme des individus organisés......

.Je n'ai pas peur des mots, et je ne vois pas rouge, lorsque j'entends parler de communisme ou collectivisme. J'admet très bien que la propriété, n'est pas destinée à demeurer telle que nous la connaissons. Elle s'est modifiée dans la passé. Elle se modifiera dans l'avenir. A vrai dire, en dehors de ce qui touche aux services publics, je ne crois pas que l'évolution future de la propriété se fasse du côté de son absortion par la collectivité, autant dire par l'Etat,et j'espère que la liberté d'association, quand nous l'aurons, permettra le développement d'une forme de propriété mi-individuelle, m-collective, mais parfaiement indépendante de l'Etat (juin 1901) La loi sur les association est de juillet 1901

.Les Congrès socialistes ont pu trouver des formules plus ou moins heureuses pour maintenir l'équivoque entre les dogmatiques de la Révolution, et les empiriques du ministérialisme à outrance; Jaurès qui est au combat de chaque jour, Jaurès qui se repand en conférences, en discours, en écrit où rivalisent l'art et la pensée, éprouve une difficulté fort grande à se tenir à égale distance des uns et des autres .(mars 1902)

A Jean Jaurès à la Chambre 18 juin 1906 (Clémenceau est ministre de l'Intérieur)

« C'est vrai, le préjugé de l'ordre, je l'ai. Je n'ai peur d'aucune idée, d'aucune proposition, accessibles à ma raison, mais véritablement, a vous, qui avez de si ambitieux projets, et songez à de si vastes entreprises, , l'ordre est plus nécessaire qu'a nul autre, car rien ne peut se modifier, rien ne peut se créer , si l'ordre légal n'est pas maintenu »

Evoquant dans son éditorial du 2 aout 1914, la disparition de Jean Jaurès:

L'heure est venue de résolutions graves, En effet il s'agit pour la France, de la vie et de la mort. Aujoud'hui, il ne peut y avoir deux français qui se haïssent. Il est temps que nous connaissions la joie d'aimer, , de nous aimer, parce qu'il y a de plus grand en nous, le devoir de témoigner devant les hommes , que nous n'avons pas dégénéré de nos pères, et que nos enfants n'aurons pas à baisser les yeux , quend on leur parlera de nous...Ni récriminations, ni phrases grandiloquantes, ni promeses de mourir. Assez de paroles, des actes, des actes réfléchis, de prudence ordonnée et d'actions sans retour. Le sort de Jaurès fut de prêcher la fraternité des peuples et d'avoir une si ferme foi en cette grande idée, qu'elle ne put même pas le protéger de la mort.

 

 

Georges Benjamin Clemenceau, né le 28 septembre 1841 à Mouilleron-en-Pareds (Vendée) et mort le 24 novembre 1929 à Paris, est un homme d'Étatfrançais, radical-socialiste, président du Conseil de 1906 à 1909, puis de 1917 à 1920.

Issu d'une famille de notables républicains, il est maire du 18e arrondissement de Paris puis président du conseil municipal de Paris au début de la Troisième République, ainsi que député en 1871, puis de 1876 à 1893, siégeant en tant que républicain radical. Défenseur de l'amnistie pour les Communards et anticlérical, il prône inlassablement la séparation des Églises et de l'État et s'oppose à la colonisation, faisant tomber le gouvernement Jules Ferry sur cette question. Fondateur du journal La Justice et de la Société des droits de l'homme et du citoyen, il travaille ensuite à L'Aurore et prend une part active dans la défense du capitaine Dreyfus.

Il obtient le baccalauréat ès-lettres en 1858. Il s'inscrit ensuite à l'école de médecine de Nantes. Après trois années pendant lesquelles il se révèle un étudiant médiocre et dissipé, passant notamment en conseil de discipline, il part en 1861 poursuivre ses études à Paris, où il s'inscrit également en droit.

Il fréquente des cercles artistiques et républicains dans le Quartier latin où il fait connaissance avec Claude Monet en 1863. Avec plusieurs camarades , il fonde un hebdomadaire, Le Travail, dont le premier numéro paraît le 22 décembre 1861. Zola se joint au groupe afin de soutenir le journal contre la censure. La publication prend fin au bout de huit numéros : la plupart des membres ont en effet été arrêtés après un appel à manifester place de la Bastille afin de commémorer les évènements du 24 février 1848. Le 23 février 1862, Clemenceau est envoyé pour 73 jours à la prison Mazas[. « Quand on a l'honneur d'être vivant, on s'exprime ! », dira-t-il plus tard. En 1896, il honorera Blanqui en parlant de « cette vie de désintéressement total qui ne découragera que les lâches du grand combat pour la justice et pour la vérité ».

Durant ses années d’études, Clemenceau participe à la création de plusieurs autres revues et écrit de nombreux articles Après avoir effectué des stages à l'hôpital psychiatrique de Bicêtre, puis à La Pitié, il obtient le doctorat en médecine le 13 mai 1865 avec une thèse intitulée De la génération des éléments anatomiques, sous la direction d'un ami d'Auguste Comte. Sa thèse reprend les idées de Robin, qui est un adversaire du catholique bonapartiste Pasteur. Elle est ensuite publiée en échange de la traduction par Clemenceau d’Auguste Comte and Positivism. Plus tard, lorsque Pasteur sera devenu célèbre, Clemenceau reconnaîtra de bonne grâce son erreur.

À la suite d'un dépit amoureux il s’embarque, d'abord pour l'Angleterre, où son père le présente à Mill et Spencer, puis pour les États-Unis, qui sortent à peine de la guerre de Sécession. Il trouve un poste d’enseignant dans un collège pour jeunes filles à Stamford où il donne des cours de français et d’équitation. Il devient également correspondant du journal français « Le Temps » Ancêtre du journal Le Monde..

Clemenceau s’éprend alors d’une de ses élèves, Mary Plummer  qu’il épouse civilement le 20 juin 1869, avec qui il aura trois enfants. Sa femme ayant une liaison avec son jeune secrétaire précepteur des enfants, il fait constater l'adultère et demande le divorce qu'il obtient en 1891 avant de la renvoyer brutalement aux États-Unis avec un billet de troisième classe et obtenu qu'elle perde la garde de ses enfants et la nationalité française.

Élu sénateur du département du Var en 1902, bien qu'il ait critiqué dans sa jeunesse l'institution du Sénat et de la présidence de la République, il est nommé ministre de l'Intérieur en 1906, se désignant lui-même comme le « premier flic de France ». Surnommé « le Tigre », il réprime alors les grèves et met fin à la querelle des inventaires, puis devient président du Conseil à la fin de l'année 1906, fonction qu'il occupe pendant près de trois ans. Dans l'été 1907, il gère brutalement la révolte des vignerons languedociens, (5 morts à Narbonne) compromet Marcelin Albert , l'animateur de la révolte ,qui lui rend visite pour négocier, en lui remettant un billet de 100 francs pour qu'il reprenne le train vers Narbonne, et en informe un journaliste qui transmet ce fait aux journaux locaux, l'objectif est atteint , Marcelin Albert est totalement décrébilisé. Aprés la révolte du 17° régiment d'infanterie de Béziers, il décide que désormais, tous les conscrits seront dispersés dans des villes françaises et non plus mobilisés dans la ville voisine de leur domicile

Retournant ensuite au Sénat, il fonde le journal L'Homme libre, rebaptisé L'Homme enchaîné après avoir essuyé la censure au début de la Première Guerre mondiale.En novembre 1917, il est de nouveau nommé président du Conseil et forme un gouvernement consacré à la poursuite de la guerre. Négociateur lors de la Conférence de Versailles, le « Père la Victoire », après avoir promulgué la loi des huit heures, échoue à l'élection présidentielle de janvier 1920, étant critiqué à gauche et à droite, et se retire de la vie politique.

 

Jean Jaurès est un homme politiquefrançais, né à Castres (Tarn) le 3 septembre 1859 et mort assassiné à Paris le 31 juillet 1914. Orateur et parlementaire socialiste, il s'est notamment illustré par son pacifisme et son opposition au déclenchement de la Première Guerre mondiale.

Issu de la bourgeoisie et agrégé de philosophie, il débute sa carrière politique comme députérépublicain, mais adhère définitivement au socialisme après la grande grève des mineurs de Carmaux et s'oppose aux lois scélérates. Durant l'affaire Dreyfus, il prend la défense du capitaine et pointe l'antisémitisme dont celui-ci est victime. En 1905, il est un des rédacteurs de la loi de séparation des Églises et de l'État. La même année, il participe à la création de la Section française de l'Internationale ouvrière (SFIO), dont il est l'acteur principal, unifiant ainsi le mouvement socialiste français. Ses positions réformistes lui valent toutefois l'opposition d'une partie de la gauche révolutionnaire. Il consacre les dernières années de sa vie à empêcher, en vain, le déclenchement de la Première Guerre mondiale, et se lie aux autres partis de l'Internationale ouvrière, faisant planer la menace de grève générale au niveau européen. Ces positions pacifistes lui valent d'être assassiné par le nationalisteRaoul Villain à la veille du début du conflit. Cet événement entraîne paradoxalement le ralliement de la gauche à l'« Union sacrée ».

En 1924, sa dépouille est transférée au Panthéon. Bien qu'historiquement rattachée au socialisme, la figure de Jaurès est aujourd'hui aussi bien utilisée par la gauche que par la droite dans les discours politiques.

Brillant élève au collège de Castres, il y est remarqué par un inspecteur général, Félix Deltour, qui convainc ses parents à ce qu'il poursuive ses études dans les écoles de l'« élitisme républicain », alors qu'ils le destinaient à l'administration des postes. L'inspecteur lui obtient une bourse qui lui permet de préparer à Paris l'École normale supérieure, au collège Sainte-Barbe puis au lycée Louis-le-Grand. En 1878, il est reçu premier à l'École normale supérieure en philosophie, devant Henri Bergson. En 1881, il termine troisième à l'agrégation de philosophie, derrière Paul Lesbazeilles et Henri Bergson. Devenu professeur, Jaurès enseigne tout d'abord au lycée Lapérouse d'Albi, puis rejoint Toulouse en 1882 pour exercer comme maître de conférences à la faculté des lettres. Il donne également un cours de psychologie au lycée de jeunes filles de cette même ville.

Il se marie le 29 juin 1886 avec Louise Bois (1867-1931), rencontrée au château de Loirac, fille d'un marchand de fromages en gros d'Albi, avec qui il a deux enfants :Madeleine, et Louis Paul qui engagé volontaire en 1915 à 18 ans, au 7° régiment de dragons, passe aspirant au 10e bataillon de chasseurs à pied. Il est tué le 3° juin 1918 à Pernant (Aisne), village où l'armée allemande est arrêtée lors de la seconde bataille de la Marne, et déclaré « mort pour la France ». Une stèle, surmontée du buste de son père, est inaugurée à quelques kilomètres du lieu de sa mort..

 

Citations:

-Ces grands changements sociaux qu'on nomme des révolutions ne peuvent pas ou ne peuvent plus être l'œuvre d'une minorité. Une minorité révolutionnaire, si intelligente, si énergique qu'elle soit, ne suffit pas, au moins dans les sociétés modernes, à accomplir la révolution. Il y faut le concours, l'adhésion de la majorité, de l'immense majorité.

-N'ayant pas la force d'agir ils dissertent!!

-Tandis que tous les peuples et tous les gouvernements veulent la paix, malgré tous les congrès de la philanthropie internationale, la guerre peut naître toujours d’un hasard toujours possible… Toujours votre société violente et chaotique, même quand elle veut la paix, même quand est à l’état d’apparent repos, porte en elle la guerre, comme une nuée dormante porte l’orage.
Messieurs, il n’y a qu’un moyen d’abolir la guerre entre les peuples, c’est abolir la guerre économique, le désordre de la société présente, c’est de substituer à la lutte universelle pour la vie qui aboutit à la lutte universelle sur les champs de bataille — un régime de concorde sociale et d’unité. Et voila pourquoi si vous regardez non aux intentions qui sont toujours vaines, mais à l’efficacité des principes et à la réalité des conséquences, logiquement, profondément, le Parti socialiste est, dans le monde, aujourd’hui, le seul parti de la paix.

-C'est vers le financier gaspilleur, vers le bourgeois taquin et avare que va, de siècle en siècle, la richesse des champs, des vignes et des bois.

-Quand les hommes ne peuvent plus changer les choses, ils changent les mots.

-Le courage, c'est de chercher la vérité et de la dire ; c'est de ne pas subir la loi du mensonge triomphant qui passe, et de ne pas faire écho, de notre âme, de notre bouche et de nos mains aux applaudissements imbéciles et aux huées fanatiques.

-Oui, nous avons, nous aussi, le culte du passé. Ce n'est pas en vain que tous les foyers des générations humaines ont flambé, ont rayonné ; mais c'est nous, parce que nous marchons, parce que nous luttons pour un idéal nouveau, c'est nous qui sommes les vrais héritiers du foyer des aïeux ; nous en avons pris la flamme, vous n'en avez gardé que la cendre.

-Quelle abjection dans cette propagande de la peur ! On lit sur les murs de Paris d'ignobles affiches qui apprennent au monde que toutes les boutiques sont forcées, que toutes les existences sont menacées, qu'au coin de toutes les rues le passant est guetté par le couteau d'un apache. « Défendons-nous », hallucinons les cerveaux, affolons les coeurs ; demandons à la société française de répudier toutes les lois humaines sur le sursis, sur la libération conditionnelle, que ce fut son honneur de promulguer ; dénonçons comme des lâches, comme des traîtres, les jurés qui ont cru équitable, après examen des circonstances, un verdict de pitié. Faisons que la loi pénale fonctionne toujours automatiquement avec le maximum de rigueur. Appliquons, s'il le faut, la torture aux condamnés ; arrachons les ongles aux transportés par le rétablissement des poucettes ; et frappons, flétrissons comme des complices des assassins, tous les hommes qui demanderont à la nation de ne pas s'affoler, de ne pas se dégrader. « Défendons-nous, défendons-nous. »

-J'ai le goût le plus vif pour la langue et pour les oeuvres de notre Midi, du Limousin et du Rouergue au Languedoc et à la Provence. J'aime entendre notre langue et j'aime la parler.

-Le capitalisme porte en lui la guerre, comme la nuée porte l'orage.

Jean Clavel 31/03/2014

 

 

 

 

 

06/03/2014

Désindustrialisation et chômage en France. C'était prévu !!

 

J'ai toujours eu des doutes sur la pertinence de la politique européenne de la France, en particulier sur la perte de la « préférence communautaire » en ce qui concerne le commerce des biens et services, sur la nécessité de barrières douanières destinées a protéger notre industrie et notre agriculture et l'emploi européen, sur la faiblesse de la discipline imposée au système financier, sur l'acceptation sans discussion et sans avis argumenté, des disciplines de l'OMC qui ont donné le pouvoir mondial aux USA et Européen à la City de la Grande Bretagne, sur le fait que l'Allemagne a surprotégé son système économique et financier grâce à l'€uro fort, ce qui met les pays du sud de l'Europe et la France en grande difficulté et en danger , sa protection sociale.

Mais je n'avais pas de bases argumentaires crédibles et sérieuses pour consolider mes doutes. Je les ai trouvé dans les écrits de Maurice Allais

Maurice Allais est un célèbre économiste français, né à Paris le 31 mai 1911 et mort le 9 octobre 2010 à Saint-Cloud. Après Gérard Debreu en 1983, il est le second français à recevoir le prix Nobel en sciences économiques en1988.

C'est un économiste que l'on peut qualifier de libéral et protectionniste. Ses positions, contraires aux grands consensus de l'époque, sont souvent exprimées de façon abrupte. La plupart ne seront généralement pas accueillies favorablement. La crise actuelle économique et financière de la France et des pays du sud de l'Europe prouve qu'il avait bien raison de démontrer par ses études , ses travaux et ses publications les erreurs politiques de l'organisation européenne, dont il était pourtant un soutient constant

Il dénonce les changes flottants, la dérèglementation financière, et la suppression des protections douanières et l'abandon de la « préférence communautaire ». Il annonce que toutes ces nouveautés provoqueront en Europe le déclin de l'emploi et dans le monde le risque d'une nouvelle grande dépression. À l'occasion de la crise dite « des pays émergents », en 1998, il annonce dans un article au journal Le Monde : « Ce qui doit arriver arrive ! ».

Issu d'un milieu modeste, il est major de sortie de sa promotion (1931) de l'École polytechnique. Ingénieur du Corps des Mines, il orienta sa carrière vers la recherche scientifique et l'enseignement.

Il est un de ceux qui voulurent apporter la rigueur mathématique des sciences dures à la science économique. Il devient titulaire de la chaire d'économie de l'École nationale supérieure des Mines de Paris en 1944 où il professera quarante ans. En 1946, il est nommé directeur de recherche au CNRS. Ses premiers ouvrages furent À la recherche d'une discipline économique (1943) et Économie et Intérêt (1947).

Ses travaux lui valent de nombreuses récompenses qui culminent avec l'attribution du « prix Nobel » d'économie en 1988. Cette reconnaissance internationale lui donne l'assise médiatique pour se projeter dans le débat sur l'ouverture financière et la mondialisation. Il développe pour le grand public des thèses qui sont celles de son enseignement depuis longtemps, mais qui contreviennent à l'esprit général des grandes réformes financières et douanières entreprises depuis 1973.

La crise économique sévère que connaît le monde depuis 2007, et dont il s'était fait inlassablement l'augure dans de nombreux ouvrages successifs, a fait renaître le débat autour de nombre de questions sur lesquelles Maurice Allais avait pris des positions marquées qu'il considérait comme prémonitoires.

Après avoir reçu son prix Nobel, Maurice Allais prit part au débat public sur l'organisation économique mondiale par de nombreux livres et articles. Certaines de ses suggestions ont été à l'encontre de toutes les pratiques qui se sont généralisées avec le flottement généralisé des monnaies, la dérégulation financière et l'abaissement général des frontières économiques dans l'esprit du consensus de Washington

-L'interdiction de la cotation boursière continue.

Interpellé par la crise boursière de 1987, provoquée largement par des ordres de ventes provoqués par des programmes informatiques, sans autre utilité que de permettre des gains spéculatifs sans cause réelle, au prix d'une volatilité aggravée des marchés financiers, il dénonce la cotation continue comme contraire aux règles économiques. L'accident du 6 mai 2010 à la bourse de New York où un ordre automatique a déclenché un krach technique massif, obligeant les autorités à annuler une séance de cotation, donne une preuve à cette prise de position très tranchée.

-L'interdiction de la transformation bancaire et de la création de monnaie par les banques.

Les dépôts faits par les particuliers doivent être effectivement des dépôts, c'est-à-dire un bien appartenant au déposant et dont la banque ne puisse pas disposer à sa guise. Dans ces conditions, le secteur bancaire ne peut plus créer de monnaie de crédit. Les banques ne devaient pouvoir faire de prêts qu'avec des ressources de durée d'immobilisation comparable à celle des prêts. La création monétaire doit être réservée à l'État et les gains correspondants doivent venir en diminution des charges fiscales générales. En contrepartie, l'activité de gestion des paiements des banques devient payante pour les usagers comme n'importe quel service. Toutes les grandes récessions étant provoquées, selon Maurice Allais, par les dérèglements des crédits, on obtiendrait ainsi une croissance plus régulière. Ces idées, déjà développées par Irving Fisher dans la foulée de la crise de 1929, ont été partiellement reprises au Royaume-Uni à la suite du sauvetage très coûteux du système bancaire britannique sous la forme du concept de « banque étroite » de l'économiste anglais John Kay. Mais l'idée dominante reste celle de la « régulation » de la transformation bancaire et de la création de monnaie par les banques, plus que leur interdiction. Les phrases très dures qu'il a écrites sur le sujet comparant les banques à des faussaires lui ont valu l'appui de certains mouvements alter-mondialistes et le rejet par l'establishment politique et financier.

-La critique de l'abandon de la « préférence communautaire ».

Bien qu'ayant été un fervent européen à l'époque des grands fondateurs de la CEE, Maurice Allais n'a jamais admis la politique de suppression systématique des barrières douanières qui a été suivie depuis 1974 en Europe. Favorable au libre-échange, il considère néanmoins que lorsque les écarts de niveau de vie et de système de production sont trop grands, il devient contre-productif et qu'il faut mettre des soupapes de sécurité afin d'éviter la perte de l'industrie et de l'agriculture des pays les plus développés. Le libre-échange doit être dosé. On voit maintenant les conséquences de cet abandon.

Ces positions contraires à la pratique généralisée des États occidentaux depuis 1974 ont peu à peu mis Maurice Allais dans la position d'un dissident. La crise en cours depuis 2007, la désindustrialisation en Europe et les délocalisations massives ont redonné une actualité à ces positions longtemps contraires à l'esprit du temps. « Ce qui doit arriver arrive !!» est sa devise.

-L'indexation généralisée des contrats sur l'inflation.

Maurice Allais considère que l'inflation est contraire à la vérité économique . Afin de forcer la vérité économique des contrats, notamment des prêts, il demande l'indexation généralisée des contrats notamment des intérêts. Cette idée, refusée par le monde de la finance et de la banque va également à l'encontre de toutes les politiques de désindexation menées depuis les grandes crises pétrolières.

Quelques extraits de son dernier ouvrage:

La mondialisation: la destruction des emplois et de la croissance: l'évidence empirique (2007) éditions: Clément Juglar 2007

Ce livre est la somme et la synthèse de ses positions économiques et financières, démontrées scientifiquement (643 pages)Il argumente sa protestation contre l'idéologie mondialiste en vogue qui repose sur l'application erronée de théories économistes justes .

La question majeure d'aujourd'hui est, de toute évidence, le sous emploi-massif qui se constate en France de l'ordre de 6 millions, compte-tenu du traitement social de plus en plus étendu du chômage, et qui menace notre société libérale et humaniste dans son existence même. Ce sous-emploi massif fausse complètement la répartition des revenus et il aggrave considérablement les inégalités sociales, alors que les revenus indus prolifèrent. Il compromet gravement la mobilité sociale et la promotion sociale . Il crée une insécurité insupportable, non seulement pour ceux qui sont privé d'emploi régulier, mais également pour des millions d'autres dont l'emploi est dangereusement menacé. Il désagrège peu à peu le tissus social. Cette situation est économiquement, socialement , et éthiquement inadmissible à tous égard.

Ce sous-emploi s'accompagne du développement d'une criminalité agressive, violente, et sauvage,et l'État n'apparait plus capable d'assurer la sécurité des personnes , une de ses obligations essentielles.........................Bien que de nature tout a fait différente , les forces de désagrégation sociale sont sans doute aujourd'hui bien plus fortes , que celles qui se constataient à la veille de la Révolution Française, et nul ne sait ce qui pourrait survenir demain, si la rue venait à balayer l'ordre public . Comme alors, l'inconscience de certaines féodalités dominantes qui se croient à l'abri et qui profitent , le plus souvent indûment, de situations privilégiées, est ici totale.

.....................Le chômage est un phénomène très complexe, qui trouve son origine dans différentes causes et dont l'analyse peut se ramener, pour l'essentiel, a 5 facteurs:

1°Le chômage chronique induit dans le cadre national, indépendamment du commerce extérieur par la structure de protection sociale.

2°Le chômage induit par le libre-échange mondialiste aggravé par un système monétaire et financier international dépourvu de toute régulation et générateur de déséquilibres.

3° Le chômage induit par l'immigration extra communautaire.

4° Le chômage technologique.

5° Le chômage conjoncturel.

En fait ,la cause majeure du chômage que l'on constate aujourd'hui, est la libéralisation mondiale des échanges , aggravée par les effets pervers du système des taux de change flottants, de la dérèglementation des mouvements de capitaux, d'une spéculation déchaînée, et du dumping monétaire d'un grand nombre de pays, par suite de la dévaluation de leur monnaie .(j'ajoute, alors que l'on maintient l'€uro au plus haut par apport au $)

Au regard des faits, il est totalement impossible de soutenir que la destruction des emplois, la destruction de la croissance depuis 1974 sont dues au progrès technologique, aux rigidités sociales ou a une conjoncture momentanément défavorable.

Si on considère les délocalisation et leurs implications , c'est incontestablement un comportement insensé que de poursuivre une politique économique qui enrichit ceux qui détruisent les emplois nationaux en transférant leur production à l'étranger et qui ruinent ceux qui s'obstinent à employer leurs compatriotes. Cette évolution va inexorablement se poursuivre, a moins qu'elle ne finisse par susciter partout des désordres sociaux qui contraindront à un changement radical de politique ceux là mêmes qui veulent imposer au monde un idéologie erronée et ses dogmes !!...........................Deux pays, la Chine et l'Inde avec respectivement1,2 et 1 milliard d'habitants représentent à eux seuls 1/3 de la population mondiale. Ils disposent d'une population de mieux en mieux formée, de capacités technologiques et scientifiques importantes. Leur concurrence sur le marché mondialiste ne peut manquer de peser d'un poids de plus en plus lourd, notamment vis-à-vis de l'Union Européenne avec ses 375 millions d'habitants(contre 265 millions aux États Unis) Dans le cas du libre échange mondialiste cette concurrence ne pourra que déprimer profondément les salaires et les niveaux de vie de l'Union Européenne. Mon analyse à contre courant des « vérités établies » repose sur une double conviction, la conviction que les voies dans lesquelles s'est fourvoyée la construction Européenne la mènent inévitablement à l'échec, et la conviction tout aussi forte, que la politique européenne de la France doit se modifier radicalement.

......................Les partisans du libre-échange mondialiste soulignent que grâce aux délocalisations et aux importations en provenance des pays à bas salaires, jamais les prix dans les hypermarchés n'ont été aussi bas.

Mais c'est oublier que les consommateurs ne sont pas seulement des acheteurs. Ils sont aussi des producteurs qui gagnent leur vie et payent des impôts.

An tant que consommateurs, ils peuvent acheter des produits meilleur marché. Mais pour ces consommateurs la contrepartie réelle de ces importations à bas prix, est finalement la perte de leur emploi ou la baisse de leur salaire, et des impôts accrus pour couvrir le coût social du chômage et de la politique de l'emploi. C'est également oublier que les consommateurs sont aussi des citoyens habitant dans les agglomérations urbaines, et qu'au fur et à mesure que le chômages et la pauvreté générées par la mondialisation augmentent, l'insécurité et l'instabilité s'accroissent.

Dès lors les avantages apparents des produits bon marché sont plus que contrebalancés par leurs coûts économiques et sociaux réels, de toute sortes..................................

En fait, l'objectif du nouvel ordre économique mondial à instaurer, ne saurait être la loi de la jungle imposée par tel ou tel pays. Ce ne peut être que l'instauration d'une économie mondiale prospère, où l'économie de marchés puisse fonctionner de manière avantageuse pour tous, et ce ne peut être le maintien hypocrite , au nom de grands principes dénués de tout sens réel, du présent désordre mondial , les plus forts cherchant à asservir les plus faibles.

Que l'on y réfléchisse bien. L'ordre mondial à instaurer doit reposer sur des organisations régionales regroupant des pays dont les économies sont suffisamment homogènes et pratiquant entre eux un libre-échange total à l'abri de tout désordre extérieur.

En fait, le seul moyen de faire face aux effets pervers d'une politique de libre-échange mondialiste, qui ne cessent de se multiplier, c'est de repenser complètement les fondements du commerce international et du cadre institutionnel dans lequel il prend place. C'est de remplacer par de nouvelles règles du jeu, les règles anciennes qui n'ont que trop fait la preuve de leur nocivité.

Maurice Allais: extraits de l'ouvrage « La mondialisation , la destruction des emplois et de la croissance » Éditions Clément Juglar- 2007.

19/02/2014

Le dérèglement du Monde , Amin Maalouf, (Grasset)

 

 

Quand nos civilisations s'épuisent

Je viens de relire cet essai ,analysant de façon approfondie la problématique mondiale, qui m'avait impressioné à ma première lecture, et répond a mes interrogations socio-économiques, sur la crise mondiale actuelle et ses causes, sur l'avenir du monde, sur la faiblesse des réponses apportées aux problèmes écologiques et à la croissance de la population mondiale. L'approche des mondes chrétiens et arabo-musulmans est originale et apporte des éléments d'information et de connaissance rares . Je souhaite que tous ceux qui m'entourent et que j'aime, lisent ce livre qui leur apportera des éléments d'information et de réflexions, des arguments construits et contrôlés sur l'état de l'Europe et du monde.

 

En ces premières années du XXIe siècle, le monde présente de nombreux signes de dérèglement. Dérèglement intellectuel, caractérisé par un déchaînement des affirmations identitaires qui rend difficiles toute coexistence harmonieuse et tout véritable débat. Dérèglement économique et financier, qui entraîne la planète entière dans une zone de turbulences aux conséquences imprévisibles, et qui est lui-même le symptôme d'une perturbation de notre système de valeurs. Dérèglement climatique, qui résulte d'une longue pratique de l'irresponsabilité... L'humanité aurait-elle atteint son " seuil d'incompétence morale " ? Dans cet essai Amin Maalouf (d'origine Libanaise depuis longtemps français et plus récemment, académicien) cherche à comprendre et a décrire comment on en est arrivé là et comment on pourrait s'en sortir. Pour lui, le dérèglement du monde tient moins à une " guerre des civilisations " qu'à l'épuisement simultané de toutes nos civilisations, et notamment des deux ensembles culturels dont il se réclame lui-même, à savoir l'Occident et l'Orient. Le premier, peu fidèle à ses propres valeurs ; le second, enfermé dans une impasse historique. Un diagnostic inquiétant, mais qui débouche sur une note d'espoir: la période tumultueuse où nous entrons pourrait nous amener à élaborer une vision enfin adulte de nos appartenances, de nos croyances, de nos différences, et du destin de la planète qui nous est commune.

 

Amin Maalouf décrit la crise financière , symptôme d'un dérèglement profond en particulier de la puissance dominante, devenue hyperpuissance après la chute du mur de Berlin, par la disparition d'un ennemi qui l'obligeait à tenir compte de son armement nucléaire. Le capitalisme est alors devenu incontrolable et source de désordres mondiaux dont le conflit israélo/arabe et ses dérives conduisant aux attentats dans diverses capitales et a ceux de novembre 2001 aux USA, mais aussi la panique des systèmes financiers et bancaires de 2007 qui a gangréné la finance mondiale.

 

Que faire? C'est ici que l'auteur fait preuve d'une grande richesse de réflexion en prenant appui sur ce qu'il connaît le mieux: la situation du monde arabe (et non musulman, une confusion qu'il écarte de façon convaincante). Pour contester une hégémonie, il faut soi-même avoir une alternative. Or le monde arabe est soumis à des dérèglements dont il ne se relève pas depuis la chute de la "grande porte" ottomane en 1918. Pris entre tradition et modernité, il ne trouve aucun modèle politique et économique alternatif qui exprimerait ses préférences culturelles et sociétales. L'humiliation que lui fait subir le monde occidental, dont la guerre d'Irak fut un sommet, est loin de l'aider, puisqu'il exacerbe au contraire les extrémismes. La lutte mortelle au sein de l'Islam entre le chiisme et le sunnisme, s'étend à l'ensemble du monde musulman, à quelques exceptions près (Indonésie).

 

La décolonisation et ses travers, soulignant des responsabilités de l'Occident qui s'est aliéné les élites les plus modernistes , tandis qu'il a constamment trouvé des accomodements, des convergences d'intérêts, des terrains d'entente, avec les éléments les plus rétrogrades de ces pays, mais il n'élude pas la responsabilité des peuples autrefois colonisés et de leurs dirigeants aux orientations socio-économiques, souvent catastrophiques. L'analyse dans cette partie du livre m'a paru particulièrement pertinente, réfléchie, et pas partisane ou "binaire". . En particulier, la cas de Mossadegh en Iran; que serait devenu le monde si l'Occident n'avait pas détruit ces régimes beaucoup plus sains ? « C'était la Guerre froide » Mais si l'excuse n'est pas recevable pour les crimes communistes de Budapest en 1956, elle ne l'est pas non plus pour les crimes anticommunistes de Djakarta en 1966.

 

Un livre qui survole ce qui ne va pas dans la psychologie, la philosophie, la politique humaine ces derniers temps; facile à lire car allant à l'essentiel sans verbosité inutile; bien documenté, sur des sujets peu évoqués ici et sans crainte d'aller dans le polititquement délicat à évoquer. Il n'y a pas des droits de l'homme pour l'Europe, et d'autres droits de l'homme pour l'Afrique, l'Asie, ou pour le monde musulman.

 

L'un de nos proches, sénégalais et musulman, que nous avons assisté dans sa formation à la faculté de Droit à Montpellier, professeur agrégé de droit à l'Université de Dakar et avocat au barreau de Paris est devenu directeur de l'Institut Universitaire Africain de formation aux droits de l'homme, destiné aux étudiants en droit de plusieurs Etats de l'Afrique proches du Sénégal.

 

Extrait du livre :
Les certitudes imaginaires: De la crise morale de notre temps, on parle quelquefois en terme de pertes de repères ou perte de sens. Des formulations dans lesquelles je ne me reconnais pas, parcequ'elles laissent entendre qu'il faudrait retrouver les repères perdus , les solidarités oubliées, et les légitimités démonétisées. De mon point de vue, il ne s'agit pas de retrouver, mais d'inventer. Ce n'est pas en prônant un retour illusoire aux comportements d'autrefois que l'on pourra faire face aux défis de l'ère nouvelle. Le commencement de la sagesse, c'est de constater l'incomparabilité de notre époque, la spécificité des relations entre les personnes comme entre les sociétés humaines, les moyens qui sont à notre disposition, ainsi que les défis auxquels nous devons faire face, s'agissant des rapports entre les nations comme de la gestion des ressources de la planète. Le bilan de l'histoire n'est nullement exemplaire, puisque celle ci est jalonnée de guerres dévastatrices, de crimes contre la dignité humaine, de gaspillages massifs et de tragiques égarements. Plutôt que d'embellir le passé et de l'idéaliser, il faudrait se défaire des réflexes que nous avons acquis et qui se révèlent désastreux dans le contexte d'aujourd'hui, se défaire, oui, des préjugés, des atavismes , des archaïsmes, pour entrer de plain-pied dans une tout autre phase de l'aventure humaine, une phase ou tout doit être inventé à nouveau, les solidarités, les légitimités, les identités, les valeurs, les repères......................................................................................................................................

 

On a souvent attribué à André Malraux une phrase qu'il n'a peut être jamais prononcée, selon laquelle,le XXI° siècle sera religieux ou ne sera pas.....Le siècle est encore jeune, mais sait déjà que les hommes pourraient s'égarer avec la religion, comme ils pourraient s'égarer sans elle.Que l'on puisse pâtir de l'absence de religieux la société soviétique l'a amplement démontré. Mais on peut aussi pâtir de sa présence abusive, on le savait déjà du temps de Ciceron, du temps d'avéorès, du temps de Spinoza, du temps de Voltaire, , et si on l'avait un peu oublié pendant 2 siècles, a cause des excès de la révolution Française, de la révolution Russe, du nazisme, et de quelques dictatures laïques, bien des évènements sont venus nous le rappeler depuis, pour nous amener, je l'espère, a une appréciation plus juste de la place que la religion devrait occuper dans nos vies..........................Je serai tenté de dire la même chose du « Veau d'Or ». Vitupérer contre la richesse matérielle, culpabiliser ceux qui s'efforcent de l'accroitre, c'est là une attitude stérile qui a constamment servi de prétexte aux pires démagogies, mais faire de l'argent le critère de toute respectabilité, la base de tout pouvoir, de toutes hiérarchies finit par déchiqueter le tissu social. L'Humanité vient d'expérimenter en direct sur 3 générations, tant de dérives contradictoires, celle du communisme, celle du capitalisme, celle de l'athéisme, celle de la religion, devons nous nous résigner à ces oscillations, aux dérèglements qui en résultent! Ne sommes nous pas suffisamment échaudés, pour vouloir tirer les leçons de ces épreuves ou pour désirer sortir enfin de ces dilemmes débilitants ??.................................................................

 

Parce qu'il ne s'agit pas seulement de mettre en place une nouveau mode de fonctionnement économique et financier, un nouveau système de relations internationales, ni seulement de corriger quelques dérèglements manifestes. Il s'agit de concevoir sans délai, et d'installer dans les esprits, une tout autre vision de la politique, de l'économique, travail, de la consommation, de la science, de la technologie, du progrès, de l'identité, de la culture, , de la religion, de l'histoire, une vision enfin adulte de ce que nous sommes, de ce que sont les autres et du sort de la planète qui nous est commune. En un mot il nous faut inventer une conception du monde , qui ne soit pas seulement la traduction moderne de nos préjugés ancestraux, et qui nous permet de conjurer la régression qui s'annonce.

 

Nous qui vivons cet étrange début de siècle, nous avons le devoir , et plus que toutes les générations précédentes, les moyens, de contribuer a cette entreprise de sauvetage, avec sagesse , lucidité, mais également avec passion, et quelque fois même avec colère.

 

oui avec l'ardente colère des justes !!

 

Amin Maalouf , académicien.