15.04.2008

Questions

Jean Clavel vient de publier un livre :  MONDIALISATION DES VINS - Vins INOQ OU Vins OMC ? aux éditions Féret il était donc normal que Vin&Cie l'espace de liberté le soumette à ses 3 Questions. Ses réponses devraient retenir votre attention et susciter votre intérêt. Dans une chronique du 18 décembre 2007 : Les Clavel : Jean, Maurice et Bernard "la vigne est éternelle " j'ai évoqué cette belle figure languedocienne. Un petit clic sur le lien et vous saurez tout ! Merci Jean pour ta contribution à ma petite entreprise.
 http://www.berthomeau.com/article-14655209.html


1ière Question : Dans l’introduction de votre livre : « Mondialisation des Vins » vous évoquez la réception par votre fils de « poche » de vin argentin de 300 hl transporté par container. En effet, le container, n’est pas qu’une simple boîte de tôle mais l’un des vecteurs physiques de la mondialisation, mais les flux vont dans les 2 sens : l’entreprise Castel, avec les mêmes moyens, transporte via le port de St Petersburg, du vin languedocien pour l’embouteiller dans son unité de conditionnement près de Moscou. Jean Clavel, pourquoi toujours avoir peur de l’intensification des échanges, surtout pour le vin dont la consommation se développe dans de grands pays ? N’est-ce pas là une preuve de notre incapacité à faire des choix pour redonner de la compétitivité (voir ma chronique : Vin français compétitivité en berne) à notre grand vignoble généraliste ? 
 

Réponse :  L’un de moyens techniques de la mondialisation du commerce est le container, résultat d’une rationalisation réussie des transports internationaux, ayant permis un abaissement considérable des coûts, des délais et des risques, sans rupture de charge entre le producteur et le distributeur, étape ultime vers le consommateur ou l’utilisateur potentiel. La France et Marseille, sont  très présent dans ce secteur, avec le Groupe CMA CGM fondé et dirigé par Jacques R. Saadé,  aujourd’hui le troisième armement mondial de transport maritime en conteneurs et le premier français. Fort d’une flotte de 377 navires, dont 101 en propriété, le Groupe dessert 400 ports dans le monde. Il a transporté 7.7 millions d’evp (équivalent vingt pieds) en 2007. Présent sur tous les continents et dans 150 pays via ses 650 agences, le groupe emploie 16 000 personnes dans le monde, dont 4 200 en France. Le système informatique centralisé à Marseille gère directement, par internet, le déchargement et le chargement des navires et connaît la position de chaque container dans chaque navire. Ceux-ci ne stationnent dans les ports équipés de matériels très puissants que quelques heures pour charger et décharger, et font route rapidement. Les chantiers coréens sont spécialisés dans la construction de ces navires dont les derniers modèles peuvent emporter 15 000 evp. La Chine est championne de la fabrication et l’entretien des millions de containers qui circulent dans le monde.

Je n’ai aucune peur ou crainte de l’intensification des échanges dans le monde, le commerce étant le meilleur antidote de la guerre, mal absolue de l’humanité. Mais je souhaite que l’on en connaisse et mesure tous les aspects, en particulier dans la concurrence entre pays dont les systèmes de fonctionnement de leur société sont si différent qu’il entraîne des écarts considérables de coûts de production, destructeurs d’emplois, et donc de vie sociale, familiale, dans nos pays dits « développés ».

Ceci étant, la part du commerce international des vins, par rapport à la récolte mondiale augmente sans cesse, et la concurrence  entre pays producteurs du nord et du sud, en est facilitée aussi. Le marché des vins français est relativement protégé contre cette concurrence, les vins étrangers ne représentant que quelques % de la consommation, mais cette situation pourrait évoluer rapidement, en fonction de politiques de communication plus dynamiques  vers les consommateurs plus jeunes (exemple les scénarios de  films mettant en scène le vin aux USA) 

Pour les vignerons français le seul développement possible est l’export vers les pays dont la consommation augmente, mais nous avons des progrès collectifs à faire dans l’organisation de la viticulture, et des freins administratifs considérables existent. L’exemple réussi de réforme vers la mondialisation est l’Espagne, qui a totalement décentralisé la politique viticole dans les régions, l’a libérée de certains carcans, et la protège contre les excès des ayatollahs de la santé publique, choses que nous ne savons pas faire. Le centralisme français continu de faire des ravages, on le constate dans la mise en place du système des bassins de production, dont l’objectif était de permettre les décisions plus près de la production, chose impossible dans l’état actuel.

2ième Question : Vous écrivez, cher Jean Clavel : « Je crois, en effet, que la viticulture traditionnelle familiale, celle des villages et celle des coopératives sont (sauf exceptions notables) gravement et durablement en difficulté… » Sans vouloir vous contredire, à la condition que les coopératives se recentrent sur leur métier de base : faire le vin, que la capacité de résistance et de rebond de notre viticulture est bien supérieure à celle d’une viticulture essentiellement capitalistique plus soumise aux caprices de la rentabilité immédiate ? Le refus obstiné de certains dans votre beau pays d’ouvrir un réel « espace de liberté » piloté par les metteurs en marché n’est-il pas plus meurtrier que les menaces des grandes wineries du Nouveau Monde ?

Réponse : Je vis au plus près de la production, tout en actualisant ma connaissance des marchés européens et mondiaux. Une partie de la viticulture française en coopérative et en cave particulière, constituée de TPE connaît des difficultés croissantes car elle est inadaptée au phénomène mondial, dont les compétiteurs sont des industriels ayant une puissance d’adaptation des produits, de communication et de marketing  sans limite, à l’exemple de Pernod Ricard, qui ambitionne de devenir le N° 1 mondial.

Dans le sud de la France, Languedoc-Roussillon, Vallée du Rhône, Provence, la coopération viticole représente plus de 50% de la production, 70% en LR. Ce système a accumulé un retard considérable sauf exceptions notables. Le système de gestion est en général obsolète, les adhérents vieillissants, les décisions longues à prendre, quand elles se prennent, souvent trop tard. La gouvernance de cette filière n’a pas la capacité de construire un avenir collectif. Je suis profondément attristé lorsque je constate la faillite (n’ayant pas peur des mots) de certaines caves coop importantes, qui avaient apparemment tout pour réussir, un terroir reconnu, des produits satisfaisants, le plus important employeur du village, et qui, subitement, n’ont pu accueillir la récolte 2007. Les demandes d’arrachage subventionné explosent et le prix du foncier s’effondre, c’est une réalité de tous les jours. Et l’OCM  2008 qui  libéralisera la plantation de vignes dans toute l’Europe donne une dimension nouvelle à cette problématique. Certains terroirs sont encore protégés!!! Quelques initiatives de fusion absorption de caves permettant la naissance d’unités à la technologie moderne, permettant l’abaissement des coûts de production, et la conclusion d’accords partenariaux avec des négociants exportateurs, aux marques dynamiques. Elles sont encore trop rares.

J’ai le sentiment qu’en dehors de quelques secteurs à la prospérité affirmée, Champagne, GC bordelais, Grands Bourgognes, Alsace,  et quelques secteurs à l’exemple de Châteauneuf du Pape, ou dans le Val de Loire, le reste de la viticulture française subit la mondialisation. 20% des vignerons en cave particulière ou en cave coopérative, (en dehors de ceux  qui sont cités ci-dessus) bénéficient de marchés de niche rémunérateurs et durables. Tous les autres doivent rechercher des solutions, soit individuelles de sortie du métier, soit collective d’adaptation

3ième Question : Vous avez été, Jean Clavel, en pointe de la contestation en ce qui concerne les réformes de l’INAO que vous jugez bureaucratiques et non concertées. Pourquoi ? Que fallait-il faire ? Ne rien faire ! En France le cartel des non a-t-il toujours le dernier mot ? L’INAO des origines est-il mort ?

Réponse : Je suis désolé de constater que cette réforme, sous certains aspects indispensable, est très mal partie, mal engagée, politiquement imposée, sans études préalables, sans consultation, sans concertation en dehors d’un petit groupe de présidents parisiens coupés de leur base, sans cohérence avec les réformes OCM de l’Union Européenne, sans tenir compte des engagements à l’OMC à Genève, ni des accords UE/USA sur les pratiques œnologiques. On commence à se rendre compte des blocages multiples que la complexité technocratique du système provoque. Ce que j’espère, c’est que l’habileté manœuvrière des administrations d’exécution  au plan local ou régional, évitera le blocage des activités de mise en marché, sur le marché national et l’export, et qu’on arrivera à lisser les augmentations de coût entraînées par la multiplication des structures administratives. Mais la démotivation des personnels d’exécution des services régionaux  et locaux lorsqu’ils constatent l’incohérence, l’irréalisme, le désordre, l’absence de réponses pratiques, dans les procédures de mise en place de la réforme, est un facteur d’aggravation des difficultés.

Nous étions quelques uns a en avoir anticipé l’importance, dont nous pressentions les causes, ayant, à la fois, une connaissance  des fondements juridiques, des pratiques administratives , de l’histoire viticole du pays dans ses aspects d’organisation, et de relation avec les pouvoirs publics, et des conditions d’exécution sur le terrain.

 L’Espagne nous donne des leçons dans ces domaines car elle a appliqué de façon pratique et dynamique pour la production et la mise en marché, aux plans régionaux, les mêmes directives européennes qui ont servi de fondement à la réforme INOQ française. Mais le centralisme français triomphe, encore, malheureusement toujours….

03.04.2008

ACHARNEMENT JUDICIAIRE

 

Lorsque j’entends des personnages connus, dire, « je fais confiance à la justice française », ça m’interpelle. Mon expérience déjà longue dans diverses circonstances, devant des juridictions très diverses, au civil, au pénal, devant la justice administrative, me laissent penser que l’adage « selon que vous serez puissants ou misérables les jugements de Cour…….. » est toujours d’actualité.

Un exemple précis, en cours actuellement, me le démontre à nouveau.

Ahmed, ouvrier agricole, compétent, sérieux, efficace, employé chez un même employeur depuis près de 20 ans,  sera expulsé de son logement  avant le 14 mai. Il est père de 5 enfants, qu’il a élevé dans un environnement difficile, avec rigueur pour une scolarité réussie. Il reste 2  filles de nationalité française et la mère, au domicile.

            Il est victime d’un conflit qui le dépasse, marocain d’origine, il n’a pas eu la chance d’être scolarisé. Le gestionnaire judicaire de l’ensemble immobilier du Petit Bard à Montpellier, ou il réside,  a été nommé après un conflit qui a suivi les malversations des précédents gestionnaires privés.

Cette énorme copropriété privée de plus de 800 appartements avait un déficit très important que le mandataire désigné par la justice s’efforce de combler, les errements antérieurs doivent être payés par les  occupants actuels. Ces sommes importantes appelées chaque mois ne permettent pas, sans  doute,  d’entretenir convenablement les équipements collectifs, car l’ascenseur de la tour de 10 étages, ou il loge, fonctionne très rarement.

            Il en est résulté un conflit aux volets multiples. Une association s’est constituée mais a bientôt sombrée dans les conflits de personnes, des professionnels du droit,  ont apporté leurs conseils parfois intéressés, et peu adaptés aux circonstances, la justice civile a été appelée en renfort.

Le conflit dure depuis juillet 2003. Ahmed loge avec sa famille, dans cet appartement  au 6° étage de la Tour, depuis mars 1991. Il a payé ponctuellement loyer et charges jusqu’en juin 2003. En Juillet de cette année, les charges ont augmenté de 233% passant de 63,36 € par mois à 162 €. L’ensemble loyer plus charges a augmenté de 479€ a 572 €  On avait conseillé à ce locataire de continuer à payer les sommes fixées antérieurement jusqu’au prononcé du jugement, ce qu’il a fait très régulièrement.

 La justice vient de trancher  le 12 février 2008  en Cour d’appel pour Ahmed et sa famille, et l’a condamné très, très lourdement. Alors que le différentiel entre les sommes appelées et les sommes payées s’élevait à 5187 €  et qu’il était disposé a régler ces sommes  en étalant les versements,   il a été condamné à payer au principal 6188 €, plus les dépens de la partie adverse, plus 1000 € d’indemnités, ainsi que tous les frais annexes soit près de 11 000 €, l’expulsion est prononcée pour le 14 mai au plus tard. Depuis l’acharnement judicaire s’est emballé comme un cheval au galop !!!

Quelques détails sur les sommes appelées :

De très nombreux actes judiciaires ont été provoqués par cette procédure, un trentaine au minimum, notifications d’actes de procédure, de jugements, d’arrêts, de commandements de payer de plusieurs origines, de notifications d’expulsion, de blocage de comptes courant, et de livret A, en double souvent, pour Monsieur et Madame et comme l’ascenseur ne fonctionne pas, les mandataires des huissiers ne montent pas dans les étages, ils déclarent le destinataire absent  et déposent un document dans la boîte aux lettres, signalant l’absence et la nécessité de  rechercher ce document contre le versement d’une somme moyenne de 80 € par acte, ce qui explique la somme exorbitante due. Il y a quelques jours, Ahmed était dans l’entrée de l’immeuble, le coursier d’un huissier se présente, et dépose devant lui le document en cause dans sa boîte. Ahmed dit, je suis là. Le document d’absence était préétabli  par le bureau de l’huissier.

 

Ce n’est pas tout !!!

 

Ahmed a déposé depuis 17 ans une demande de logement social auprès de 3 organismes Montpelliérains  renouvelant chaque année, soigneusement, dans les délais cette demande dont on accuse gentiment réception. Mais sans résultat  concret.

 

Et encore !!!

 

Il existe depuis le 5 mars 2007 une loi dite « Droit au Logement Opposable ». Un dossier très complet peut être téléchargé sur le site internet de la préfecture de l’Hérault, 8 pages, qui demandent une compétence certaine ainsi que des documents retraçant l’historique des difficultés. Ce n’est pas un problème pour les enfants d’Ahmed qui ont reçu une éducation et une formation suffisante. Ce dossier doit être déposé à la DDE au secrétariat de la Commission de Médiation crée dans le cadre de la loi précitée. Les fonctionnaires chargés de cette activité à la préfecture ainsi que les organismes sociaux en charge de ces problèmes,   laissent entendre qu’il y a peu de chance que ces demandes aboutissent !!!

 

Réflexions :

 

 

La parfaite éducation des enfants de Ahmed , dont 3 déjà sont intégrés dans la société française, et occupent des emplois réclamant une certaine compétence, les deux dernier encore scolarisés, lui permet de surmonter l’immense traumatisme de cette situation. Il a eu un comportement responsable depuis qu’il a quitté le Maroc et a toujours eu un emploi déclaré, payant ses charges sociales et ses taxes. Il souffre terriblement à la pensée qu’on le juge malhonnête.

Si la situation était différente, que le père de famille et les enfants soient au chômage ou au RMI,  ce qui est trop fréquent dans les cités  classées en Zone Urbaine Sensible (ZUS) type Petit Bard, quelle serait l’attitude des jeunes devant une telle situation d’acharnement judiciaire ???

On peut légitimement se poser la question !!! Toute aide pour la famille d’Ahmed serait bienvenue.

Jean Clavel

jean.clavel@wanadoo.fr

L’employeur de Ahmed qui l’aide autant qu’il peut est  www.vins-clavel.fr

 

 

08.03.2008

Introduction à l'ouvrage Mondialisation

Le vin n’est pas seulement une boisson commune, il est, dans l’histoire de notre civilisation, une boisson conviviale et culturelle, qui révèle une origine, un paysage, un voyage, une rencontre, et l’accompagnement d’une cuisine de mets variés. Il est source et objet de discussions passionnées. Il est un lubrifiant social !!
Hautement réparateur et bienfaisant lorsqu’il est loyal et qu’on le boit avec mesure, le vin n’est pas reconnu comme un aliment de première nécessité…l’homme en effet aime le vin, comme l’ami qu’il a choisi, par préférence, non par obligation… Roger Dion
Boire du vin n’est pas un plaisir solitaire, mais communicatif ; s’il est bon, dites le à votre façon. Il y a peu de plaisirs qui rendent aussi diserts que celui qu’on partage le verre à la main. A cette école, vous verrez qu’on devient vite érudit….Emile Peynaud
Paysan et artiste, homme de peine et visionnaire, amoureux du plaisir autant que de l’effort, alchimiste et comptable, le vignerons conjugue toutes ces qualités depuis le déluge……., Hugh Johnson
 Martial, le poète libertin proche de l’empereur Domitien, (qui règne à Rome de 69 à 96 et édicte les premiers règlement viticoles en Gaule), décrit les dîners romain de cette époque et classe les vins servis en fonction de leur origine, le Falernus est le premier, mais le vin de Sezzia du Latium est renommé, et parfois il apprécie un vin de cépage, un picpoul ou un vin gaulois des Allobroges de Vienne la Vineuse !
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 La France moderne et, à sa suite, l’Union Européenne ont construit collectivement une identité administrative des vins principalement fondée sur l’originalité des terroirs, appuyée sur des règles de production complexes.
La production et la mise en marché internationale des vins, a des aspects techniques, commerciaux et économiques, mais aussi des dimensions politiques, à tous les niveaux, locaux, régionaux, de l’Union Européenne, et de l’Organisation Mondiale du Commerce.
 L’étiquette de nos vins comporte des mentions obligatoires et facultatives nombreuses dont le consommateur français ou européen, et à plus forte raison mondial, comprend mal l’objectif et la complexité.
Au 21° siècle, le développement mondial de la consommation des vins, est un succès indéniable. Il s’appuie, en partie, sur le nom, la notoriété et l’image des vins français et européens, mais, d’autres voies sont ouvertes par les sociétés du nouveau monde viticole de l’hémisphère sud, moins agricoles et plus industrielles, adeptes du marketing orienté grande distribution, au dynamisme incontestable, qui simplifient la présentation, mettent en avant le cépage à l’origine du vin et la marque commerciale, centralisant les investissements commerciaux pour en multiplier les effets. Ces pays du nouveau monde viticole ne sont pas soumis aux pesanteurs des règles et des contrôles des vieux pays ! La croissance de la mise en marché des vins australiens en Europe, a surpris nos négociants qui n’avaient pas mesuré la force du concept simplificateur. Mais l’Australie n’est pas seule, le Chili, la Nouvelle Zélande, l’Afrique du Sud au vignoble ancien mais renouvelé, la Californie, affirment des positions mondiales.
 Les connaissances agronomiques, œnologiques et les équipements sont maintenant communs à tous les pays viticoles du monde. On sait partout élaborer les vins demandés par les marchés solvables, dans des conditions économiques souvent compétitives.
Lors de « Slow Food 2007 » à Montpellier, je rencontrai un responsable administratif de l’Institut National des Appellations d’Origine (INAO) qui, jeune retraité, était allé visiter les vignobles de l’Amérique du sud, Argentine, Chili et autres, sa découverte des pratiques, des technologies, des méthodes lui ont fait prendre conscience de cette terrible réalité destructrice pour notre viticulture hexagonale, dans le cadre de la mondialisation.
Je crois, en effet, que la viticulture traditionnelle familiale, celle des villages et celle des coopératives est (sauf exceptions notables) gravement et durablement en difficulté. Mais ceux des vignerons ou des responsables de caves coopératives, et des entreprises commerciales, qui ont oeuvré depuis longtemps pour conquérir et maintenir des parts du marché international, qui ont assimilé la complexité de la logistique commerciale, qui ont construit des rapports de confiance avec leurs partenaires et clients, et ont su intelligemment anticiper les évolutions prévisibles, représentent l’avenir économique viticole du pays. Cependant, ces parts de marché rémunératrices, ne sont encore, qu’une partie relativement modeste de la production.
Le marché intérieur, qui reste bien présent, (c’est encore le premier marché mondial), peu accessible aux concurrents européens ou internationaux, attaqué par les ayatollahs de l’hygiénisme, mais en diminution régulière, devrait être conforté par une nouvelle définition des produits et de la communication à destination des jeunes consommateurs, ce que certains pays ont réussi à faire.
Face à cette situation difficile de la viticulture européenne, (il y a des exceptions notables), la consommation des vins s’étend progressivement à de nombreux pays du monde, la seule résistance à cette expansion concerne les pays de l’Islam. Le marché et l’intérêt pour les vins, deviennent mondiaux.
Après l’Amérique, les USA venant de solder les ultimes restes de la prohibition, c’est au tour de l’Asie. Le Japon avait montré le chemin, la Chine et l’Inde y viennent aussi. Les pays du nord de l’Europe, la Grande Bretagne, réduisent progressivement leur consommation de bière au bénéfice du vin. 
C’est une grande chance pour la France qui est considérée et reste la référence mondiale dans ce domaine, elle possède plusieurs produits leaders, le Champagne, les grands crus Bordelais, un peu plus élitistes les grands Bourgognes ; les vins d’Alsace, un peu plus coquins les Beaujolais, un peu plus populaires (avec des exceptions notables), les vins du sud, Provence, Rhône, Languedoc Roussillon ou le Val de Loire.
L’Europe est, et restera, dans le cadre des échanges mondiaux, en particulier touristiques, le modèle, la référence, du savoir vivre et de la gastronomie dans lesquels le vin joue un rôle déterminant. La vigne habille les paysages accueillants. Le patrimoine monumental, qui y est associé, est un attrait public important. Le « French Paradox » a fait le tour du monde, même si les français l’ignorent en général.. En contre partie, l’Europe est le principal marché solvable vinicole de la planète et la cible des commerciaux du nouveau monde. 
Le marché se mondialise, mais la production aussi, et les français y contribuent largement, les jeunes agronomes, œnologues, s’expatrient vers des pays demandeurs de compétences. Pernod-Ricard, société d’origine française, est l’un des premiers producteurs et metteurs en marché de vin du monde, mais, en dehors de ses vignobles champenois, il ne produit et ne vend que des vins du nouveau monde viticole, Australie, Chili, Argentine, Californie, Afrique du Sud, sa marque Jacobs Creek est un modèle mondial de réussite commerciale.
La concurrence de ces nouveaux pays viticoles, dans le cadre du marché mondial est vigoureuse, elle s’exprime non seulement chez les distributeurs et consommateurs, mais aussi au niveau des modes , coûts et règles de production, du droit international du commerce des vins. Il semble aussi que les administrations française et européenne, entraînées et trompées par la vague mondiale, aient cessé de croire en notre avenir viticole et préparent l’entrée en force des productions industrielles de l’hémisphère sud.
Pourtant le vin est, en France, la filière agricole la plus performante, en terme de chiffre d’affaires, la viticulture a augmenté de façon considérable, sa part dans la valeur de la production agricole française, tout en réduisant globalement les quantités produites, le tout dans un contexte de forte baisse de la consommation nationale. Le chiffre d’affaire au niveau de la production viticole est estimé à 9 milliards d’€,ht, sur 870 000 ha de vigne, soit un CA moyen ht, de 10 000 € ha. (de 3000 € à 50 000 € ha. suivant la situation des vignobles, leur image et notoriété) . La valeur ajoutée moyenne de l’ha. de viticulture est supérieure, en France, à 6000 € l’ha. A comparer à celle des autres spéculations agricoles qui atteignent difficilement 1000 € l’ha. A-t-on mesuré, lorsque la Commission européenne propose l’arrachage de 175 000 ha . de vignes, dont 50 000 ha au minimum pour la France, la perte de valeur ajoutée , la perte de valeur immobilière, la perte de valeur exportation pour notre pays ?
Le développement de l’exportation des vins a été rapide jusqu’au début des années 2000. Le solde du commerce extérieur français de la filière « vin et spiritueux» équivaut aujourd’hui à la vente de près de 100 airbus chaque année ! Ce résultat démontre que la politique de régulation, droits de plantation, dispositif de gestion des marchés et exigences de qualité aux normes strictes d’élaboration, a eu des effets très positifs, et quelques effets pervers. Les plantations de vignes AOC ont augmenté de 28 % en 20 ans, dont la moitié en Aquitaine, entraînant une crise dans la production de certaines AOC, que notre pays n’avait jamais connu depuis 1935.
Il est un autre aspect de la problématique viticole, dont on parle peu, mais qui pourrait avoir, dans les années à venir, une importance croissante. Le colloque international de Dijon, qui a réuni des scientifiques du monde entier, en mars 2007, concernant l’impact du réchauffement climatique (RC) sur les vignobles, a conclu :
a) Le réchauffement climatique est une évidence reconnue par les scientifiques du monde entier
b) La bande géographique, favorable à la culture de la vigne, s’est déplacée, depuis 1950, dans notre hémisphère, de 150 à 200 km. vers le nord,
c) Cette situation, qui évoluera, sans doute, au cours des prochaines décennies, dans le même sens, a, et aura, des conséquences techniques, œnologiques, économiques très importantes et, des effets, réglementaires.
d) La gestion de l’eau douce, en particulier de l’irrigation agricole, (le RC entraînant dans certains secteurs, des alternances de sècheresses sévères), sera une donnée essentielle de l’avenir.
Nous ne pourrons pas faire l’économie d’une réflexion et d’un débat des professionnels sur les conséquences, sur nos métiers, du réchauffement climatique.
 Je tente, dans les pages qui suivent, de faire une analyse pratique et objective de la situation des vignerons dans le contexte socio-économique et politique français, européen et mondial et des forces en présence, des causes et conséquences de la crise d’adaptation que certains subissent. J’ai voulu illustrer le choix entre la production de vins de terroir, (vins INOQ) exigeante et coûteuse, porteuse d’image et de notoriété, et celle agro-industrielle (vins OMC) qui se développe partout dans le monde, et qui devra, j’en suis convaincu, faire sa place en France.
Chaque pays viticole européen a une approche et des réactions politiques et réglementaires différentes face à la mondialisation : chaque bassin de production français, dont l’exportation des vins est une nécessité économique, adapte sa réponse de façon concrète, à son marché international.
Je voudrais traduire, sous une forme et en termes  accessibles au plus grand nombre, des notions, des concepts, des données, que l’on trouve dans des ouvrages universitaires, sur internet, dans des sites que le public, même professionnel, consulte rarement, dans des présentations réservées le plus souvent aux spécialistes. J’y ajoute des impressions, des sentiments, des certitudes que m’inspirent les nombreux contacts dus aux diverses activités, encore professionnelles, mais aussi familiales, relationnelles, culturelles, conviviales, Il faut noter, aussi, que la situation réglementaire viticole française est mouvante, et ce qui est vrai aujourd’hui peut être infirmé demain !!! …..
Nous vivons une époque de mutation intense de la société post-moderne, fondée sur la consommation de masse de tous produits, présentés par le système de Grande Distribution (GD) dont la France est un champion mondial. Cette forme de commerce de masse conforte et facilite la mondialisation, elle provoque la croissance de marques mondiales et les délocalisations vers les pays à bas coût de production.. En ce qui concerne les vins, la GD est en contradiction avec sa logique, gère difficilement la diversité des vins européens. Elle est plus près des méthodes de production et de mise en marché des vins de l’hémisphère sud, quasi industrielles, que des terroirs français dont la complexité cadre mal avec la simplification en cours, des linaires GD et la communication de ces entreprises qui mettent en avant des marques mondiales connues. L’antagonisme vins de terroir/vins de marques mondiales, déjà très présent actuellement, va s’accentuer rapidement dans les années avenir. Jonathan Nossiter, qui s’est illustré dans le film Mondovino, décrit dans son livre « le Goût et le Pouvoir » tous les risques de la disparition des terroirs dans la conscience universelle :…. Ce à quoi nous assistons aujourd’hui, c’est la destruction systématique et globale de nos liens avec le passé. Car éradiquer le rapport au passé, c’est créer un climat dans lequel on peut, plus facilement tromper les gens (et assouvir le rêve de tous les pontes du marketing). La meilleure arme pour défendre la liberté d’un peuple, c’est la mémoire collective……. Le refus de l’authentique a un dangereux corollaire, l’invention d’une identité, d’un produit, d’une opinion…..Le « vin moderne » comme on l’appelle d’une manière trompeuse, est la parfaite illustration de ce risque…..c’est une concoction qui ne pose qu’une seule question, :  « que puis je aimer sans réfléchir et de quoi ai-je envie ici et maintenant ? » alors qu’un vin de terroir (surtout ceux élaborés dans une relation saine avec la nature),exige de vous que vous vous interrogiez sur lui, et sur vous-même, « qui suis-je, d’où est-ce que je viens ? Quelles histoires me racontent cette terre, cette nature, ….la défense du vin comme phénomène dépassant le moi, la défense des vins de terroir, est l’expression d’un goût adulte et attaché à la communauté, l’inverse du goût infantile (des vins créés ex nihilo)…..   .
Luc Ferry dans son ouvrage sous titré « Politique et vie privée à l’âge de la mondialisation » écrit :….le fait que l’augmentation de la puissance des hommes sur le monde, est devenu un processus totalement automatique,….incontrôlable et même aveugle puisqu’il dépasse de toute part les volontés individuelles conscientes. Il n’est plus que le résultat inévitable et mécanique d’une compétition, d’autant plus immaîtrisable, qu’elle est disséminée sur toute la planète…Contrairement à l’idéal de civilisation des Lumières, la mondialisation technique est un bel et bien un processus définalisé, …. dépourvu de toute espèce d’objectif défini : nul ne sait plus où nous mène un cours du monde mécaniquement engendré par la compétition et non pas dirigé par la volonté consciente des hommes regroupés collectivement autour d’un projet ,au sein d’une société. Ce sont des propos de philosophe, un peu angoissants, mais expression d’une réalité, qui ne doit pas nous démobiliser.
Nous devons agir en France, à tous niveaux, professionnels, commerciaux, politiques pour maintenir la viticulture de terroir, dont les fonctions sont essentielles :
1° Elle occupe une population locale importante, maintenant formée dans les centres de formation viticoles de tous niveaux, technicien ou ingénieur, c’est une activité peuplante, culturellement de bon niveau.
2° Elle protège des paysages, un patrimoine monumental, des activités indispensables au maintien du premier rang de notre pays dans les activités internationales d’accueil touristique et gastronomique.
3° Elle permet à la France de conserver un rôle moteur dans la croissance de la consommation de vin dans de nombreux pays, et conforte l’image et la notoriété des vins français
4°Elle soutient ainsi l’indispensable développement de la commercialisation de vins de marque, de vins de cépages français, concurrents des vins du nouveau monde viticole, a destination de consommateurs séduits, en GD, par la simplicité de l’étiquette et du message.
Il y a une forte interaction entre ces différentes fonctions et l’altération d’une seule, entraînera la décadence de l’ensemble.
Je souhaite que cet ouvrage contribue à renforcer, dans notre pays, l’action de tous ceux qui militent pour une viticulture durable, conquérante des marchés mondiaux, et qu’il convaincra ceux qui doutent, de s’engager dans ce mouvement vital. C’est l’expression de la guerre économique, dont il faut connaître tous les aspects, en particulier culturels, et mesurer toutes les conséquences. Cet affrontement est, tout bien considéré, préférable aux conflits dramatiquement meurtriers, que nous avons connus au cours du 20° siècle.
Le vin n’est pas seulement une boisson commune, il est, dans l’histoire de notre civilisation, une boisson conviviale et culturelle, qui révèle une origine, un paysage, un voyage, une rencontre, et l’accompagnement d’une cuisine de mets variés. Il est source et objet de discussions passionnées. Il est un lubrifiant social !!
Hautement réparateur et bienfaisant lorsqu’il est loyal et qu’on le boit avec mesure, le vin n’est pas reconnu comme un aliment de première nécessité…l’homme en effet aime le vin, comme l’ami qu’il a choisi, par préférence, non par obligation… Roger Dion
Boire du vin n’est pas un plaisir solitaire, mais communicatif ; s’il est bon, dites le à votre façon. Il y a peu de plaisirs qui rendent aussi diserts que celui qu’on partage le verre à la main. A cette école, vous verrez qu’on devient vite érudit….Emile Peynaud
Paysan et artiste, homme de peine et visionnaire, amoureux du plaisir autant que de l’effort, alchimiste et comptable, le vignerons conjugue toutes ces qualités depuis le déluge……., Hugh Johnson
 Martial, le poète libertin proche de l’empereur Domitien, (qui règne à Rome de 69 à 96 et édicte les premiers règlement viticoles en Gaule), décrit les dîners romain de cette époque et classe les vins servis en fonction de leur origine, le Falernus est le premier, mais le vin de Sezzia du Latium est renommé, et parfois il apprécie un vin de cépage, un picpoul ou un vin gaulois des Allobroges de Vienne la Vineuse !
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 La France moderne et, à sa suite, l’Union Européenne ont construit collectivement une identité administrative des vins principalement fondée sur l’originalité des terroirs, appuyée sur des règles de production complexes.
La production et la mise en marché internationale des vins, a des aspects techniques, commerciaux et économiques, mais aussi des dimensions politiques, à tous les niveaux, locaux, régionaux, de l’Union Européenne, et de l’Organisation Mondiale du Commerce.
 L’étiquette de nos vins comporte des mentions obligatoires et facultatives nombreuses dont le consommateur français ou européen, et à plus forte raison mondial, comprend mal l’objectif et la complexité.
Au 21° siècle, le développement mondial de la consommation des vins, est un succès indéniable. Il s’appuie, en partie, sur le nom, la notoriété et l’image des vins français et européens, mais, d’autres voies sont ouvertes par les sociétés du nouveau monde viticole de l’hémisphère sud, moins agricoles et plus industrielles, adeptes du marketing orienté grande distribution, au dynamisme incontestable, qui simplifient la présentation, mettent en avant le cépage à l’origine du vin et la marque commerciale, centralisant les investissements commerciaux pour en multiplier les effets. Ces pays du nouveau monde viticole ne sont pas soumis aux pesanteurs des règles et des contrôles des vieux pays ! La croissance de la mise en marché des vins australiens en Europe, a surpris nos négociants qui n’avaient pas mesuré la force du concept simplificateur. Mais l’Australie n’est pas seule, le Chili, la Nouvelle Zélande, l’Afrique du Sud au vignoble ancien mais renouvelé, la Californie, affirment des positions mondiales.
 Les connaissances agronomiques, œnologiques et les équipements sont maintenant communs à tous les pays viticoles du monde. On sait partout élaborer les vins demandés par les marchés solvables, dans des conditions économiques souvent compétitives.
Lors de « Slow Food 2007 » à Montpellier, je rencontrai un responsable administratif de l’Institut National des Appellations d’Origine (INAO) qui, jeune retraité, était allé visiter les vignobles de l’Amérique du sud, Argentine, Chili et autres, sa découverte des pratiques, des technologies, des méthodes lui ont fait prendre conscience de cette terrible réalité destructrice pour notre viticulture hexagonale, dans le cadre de la mondialisation.
Je crois, en effet, que la viticulture traditionnelle familiale, celle des villages et celle des coopératives est (sauf exceptions notables) gravement et durablement en difficulté. Mais ceux des vignerons ou des responsables de caves coopératives, et des entreprises commerciales, qui ont oeuvré depuis longtemps pour conquérir et maintenir des parts du marché international, qui ont assimilé la complexité de la logistique commerciale, qui ont construit des rapports de confiance avec leurs partenaires et clients, et ont su intelligemment anticiper les évolutions prévisibles, représentent l’avenir économique viticole du pays. Cependant, ces parts de marché rémunératrices, ne sont encore, qu’une partie relativement modeste de la production.
Le marché intérieur, qui reste bien présent, (c’est encore le premier marché mondial), peu accessible aux concurrents européens ou internationaux, attaqué par les ayatollahs de l’hygiénisme, mais en diminution régulière, devrait être conforté par une nouvelle définition des produits et de la communication à destination des jeunes consommateurs, ce que certains pays ont réussi à faire.
Face à cette situation difficile de la viticulture européenne, (il y a des exceptions notables), la consommation des vins s’étend progressivement à de nombreux pays du monde, la seule résistance à cette expansion concerne les pays de l’Islam. Le marché et l’intérêt pour les vins, deviennent mondiaux.
Après l’Amérique, les USA venant de solder les ultimes restes de la prohibition, c’est au tour de l’Asie. Le Japon avait montré le chemin, la Chine et l’Inde y viennent aussi. Les pays du nord de l’Europe, la Grande Bretagne, réduisent progressivement leur consommation de bière au bénéfice du vin. 
C’est une grande chance pour la France qui est considérée et reste la référence mondiale dans ce domaine, elle possède plusieurs produits leaders, le Champagne, les grands crus Bordelais, un peu plus élitistes les grands Bourgognes ; les vins d’Alsace, un peu plus coquins les Beaujolais, un peu plus populaires (avec des exceptions notables), les vins du sud, Provence, Rhône, Languedoc Roussillon ou le Val de Loire.
L’Europe est, et restera, dans le cadre des échanges mondiaux, en particulier touristiques, le modèle, la référence, du savoir vivre et de la gastronomie dans lesquels le vin joue un rôle déterminant. La vigne habille les paysages accueillants. Le patrimoine monumental, qui y est associé, est un attrait public important. Le « French Paradox » a fait le tour du monde, même si les français l’ignorent en général.. En contre partie, l’Europe est le principal marché solvable vinicole de la planète et la cible des commerciaux du nouveau monde. 
Le marché se mondialise, mais la production aussi, et les français y contribuent largement, les jeunes agronomes, œnologues, s’expatrient vers des pays demandeurs de compétences. Pernod-Ricard, société d’origine française, est l’un des premiers producteurs et metteurs en marché de vin du monde, mais, en dehors de ses vignobles champenois, il ne produit et ne vend que des vins du nouveau monde viticole, Australie, Chili, Argentine, Californie, Afrique du Sud, sa marque Jacobs Creek est un modèle mondial de réussite commerciale.
La concurrence de ces nouveaux pays viticoles, dans le cadre du marché mondial est vigoureuse, elle s’exprime non seulement chez les distributeurs et consommateurs, mais aussi au niveau des modes , coûts et règles de production, du droit international du commerce des vins. Il semble aussi que les administrations française et européenne, entraînées et trompées par la vague mondiale, aient cessé de croire en notre avenir viticole et préparent l’entrée en force des productions industrielles de l’hémisphère sud.
Pourtant le vin est, en France, la filière agricole la plus performante, en terme de chiffre d’affaires, la viticulture a augmenté de façon considérable, sa part dans la valeur de la production agricole française, tout en réduisant globalement les quantités produites, le tout dans un contexte de forte baisse de la consommation nationale. Le chiffre d’affaire au niveau de la production viticole est estimé à 9 milliards d’€,ht, sur 870 000 ha de vigne, soit un CA moyen ht, de 10 000 € ha. (de 3000 € à 50 000 € ha. suivant la situation des vignobles, leur image et notoriété) . La valeur ajoutée moyenne de l’ha. de viticulture est supérieure, en France, à 6000 € l’ha. A comparer à celle des autres spéculations agricoles qui atteignent difficilement 1000 € l’ha. A-t-on mesuré, lorsque la Commission européenne propose l’arrachage de 175 000 ha . de vignes, dont 50 000 ha au minimum pour la France, la perte de valeur ajoutée , la perte de valeur immobilière, la perte de valeur exportation pour notre pays ?
Le développement de l’exportation des vins a été rapide jusqu’au début des années 2000. Le solde du commerce extérieur français de la filière « vin et spiritueux» équivaut aujourd’hui à la vente de près de 100 airbus chaque année ! Ce résultat démontre que la politique de régulation, droits de plantation, dispositif de gestion des marchés et exigences de qualité aux normes strictes d’élaboration, a eu des effets très positifs, et quelques effets pervers. Les plantations de vignes AOC ont augmenté de 28 % en 20 ans, dont la moitié en Aquitaine, entraînant une crise dans la production de certaines AOC, que notre pays n’avait jamais connu depuis 1935.
Il est un autre aspect de la problématique viticole, dont on parle peu, mais qui pourrait avoir, dans les années à venir, une importance croissante. Le colloque international de Dijon, qui a réuni des scientifiques du monde entier, en mars 2007, concernant l’impact du réchauffement climatique (RC) sur les vignobles, a conclu :
a) Le réchauffement climatique est une évidence reconnue par les scientifiques du monde entier
b) La bande géographique, favorable à la culture de la vigne, s’est déplacée, depuis 1950, dans notre hémisphère, de 150 à 200 km. vers le nord,
c) Cette situation, qui évoluera, sans doute, au cours des prochaines décennies, dans le même sens, a, et aura, des conséquences techniques, œnologiques, économiques très importantes et, des effets, réglementaires.
d) La gestion de l’eau douce, en particulier de l’irrigation agricole, (le RC entraînant dans certains secteurs, des alternances de sècheresses sévères), sera une donnée essentielle de l’avenir.
Nous ne pourrons pas faire l’économie d’une réflexion et d’un débat des professionnels sur les conséquences, sur nos métiers, du réchauffement climatique.
 Je tente, dans les pages qui suivent, de faire une analyse pratique et objective de la situation des vignerons dans le contexte socio-économique et politique français, européen et mondial et des forces en présence, des causes et conséquences de la crise d’adaptation que certains subissent. J’ai voulu illustrer le choix entre la production de vins de terroir, (vins INOQ) exigeante et coûteuse, porteuse d’image et de notoriété, et celle agro-industrielle (vins OMC) qui se développe partout dans le monde, et qui devra, j’en suis convaincu, faire sa place en France.
Chaque pays viticole européen a une approche et des réactions politiques et réglementaires différentes face à la mondialisation : chaque bassin de production français, dont l’exportation des vins est une nécessité économique, adapte sa réponse de façon concrète, à son marché international.
Je voudrais traduire, sous une forme et en termes  accessibles au plus grand nombre, des notions, des concepts, des données, que l’on trouve dans des ouvrages universitaires, sur internet, dans des sites que le public, même professionnel, consulte rarement, dans des présentations réservées le plus souvent aux spécialistes. J’y ajoute des impressions, des sentiments, des certitudes que m’inspirent les nombreux contacts dus aux diverses activités, encore professionnelles, mais aussi familiales, relationnelles, culturelles, conviviales, Il faut noter, aussi, que la situation réglementaire viticole française est mouvante, et ce qui est vrai aujourd’hui peut être infirmé demain !!! …..
Nous vivons une époque de mutation intense de la société post-moderne, fondée sur la consommation de masse de tous produits, présentés par le système de Grande Distribution (GD) dont la France est un champion mondial. Cette forme de commerce de masse conforte et facilite la mondialisation, elle provoque la croissance de marques mondiales et les délocalisations vers les pays à bas coût de production.. En ce qui concerne les vins, la GD est en contradiction avec sa logique, gère difficilement la diversité des vins européens. Elle est plus près des méthodes de production et de mise en marché des vins de l’hémisphère sud, quasi industrielles, que des terroirs français dont la complexité cadre mal avec la simplification en cours, des linaires GD et la communication de ces entreprises qui mettent en avant des marques mondiales connues. L’antagonisme vins de terroir/vins de marques mondiales, déjà très présent actuellement, va s’accentuer rapidement dans les années avenir. Jonathan Nossiter, qui s’est illustré dans le film Mondovino, décrit dans son livre « le Goût et le Pouvoir » tous les risques de la disparition des terroirs dans la conscience universelle :…. Ce à quoi nous assistons aujourd’hui, c’est la destruction systématique et globale de nos liens avec le passé. Car éradiquer le rapport au passé, c’est créer un climat dans lequel on peut, plus facilement tromper les gens (et assouvir le rêve de tous les pontes du marketing). La meilleure arme pour défendre la liberté d’un peuple, c’est la mémoire collective……. Le refus de l’authentique a un dangereux corollaire, l’invention d’une identité, d’un produit, d’une opinion…..Le « vin moderne » comme on l’appelle d’une manière trompeuse, est la parfaite illustration de ce risque…..c’est une concoction qui ne pose qu’une seule question, :  « que puis je aimer sans réfléchir et de quoi ai-je envie ici et maintenant ? » alors qu’un vin de terroir (surtout ceux élaborés dans une relation saine avec la nature),exige de vous que vous vous interrogiez sur lui, et sur vous-même, « qui suis-je, d’où est-ce que je viens ? Quelles histoires me racontent cette terre, cette nature, ….la défense du vin comme phénomène dépassant le moi, la défense des vins de terroir, est l’expression d’un goût adulte et attaché à la communauté, l’inverse du goût infantile (des vins créés ex nihilo)…..   .
Luc Ferry dans son ouvrage sous titré « Politique et vie privée à l’âge de la mondialisation » écrit :….le fait que l’augmentation de la puissance des hommes sur le monde, est devenu un processus totalement automatique,….incontrôlable et même aveugle puisqu’il dépasse de toute part les volontés individuelles conscientes. Il n’est plus que le résultat inévitable et mécanique d’une compétition, d’autant plus immaîtrisable, qu’elle est disséminée sur toute la planète…Contrairement à l’idéal de civilisation des Lumières, la mondialisation technique est un bel et bien un processus définalisé, …. dépourvu de toute espèce d’objectif défini : nul ne sait plus où nous mène un cours du monde mécaniquement engendré par la compétition et non pas dirigé par la volonté consciente des hommes regroupés collectivement autour d’un projet ,au sein d’une société. Ce sont des propos de philosophe, un peu angoissants, mais expression d’une réalité, qui ne doit pas nous démobiliser.
Nous devons agir en France, à tous niveaux, professionnels, commerciaux, politiques pour maintenir la viticulture de terroir, dont les fonctions sont essentielles :
1° Elle occupe une population locale importante, maintenant formée dans les centres de formation viticoles de tous niveaux, technicien ou ingénieur, c’est une activité peuplante, culturellement de bon niveau.
2° Elle protège des paysages, un patrimoine monumental, des activités indispensables au maintien du premier rang de notre pays dans les activités internationales d’accueil touristique et gastronomique.
3° Elle permet à la France de conserver un rôle moteur dans la croissance de la consommation de vin dans de nombreux pays, et conforte l’image et la notoriété des vins français
4°Elle soutient ainsi l’indispensable développement de la commercialisation de vins de marque, de vins de cépages français, concurrents des vins du nouveau monde viticole, a destination de consommateurs séduits, en GD, par la simplicité de l’étiquette et du message.
Il y a une forte interaction entre ces différentes fonctions et l’altération d’une seule, entraînera la décadence de l’ensemble.
Je souhaite que cet ouvrage contribue à renforcer, dans notre pays, l’action de tous ceux qui militent pour une viticulture durable, conquérante des marchés mondiaux, et qu’il convaincra ceux qui doutent, de s’engager dans ce mouvement vital. C’est l’expression de la guerre économique, dont il faut connaître tous les aspects, en particulier culturels, et mesurer toutes les conséquences. Cet affrontement est, tout bien considéré, préférable aux conflits dramatiquement meurtriers, que nous avons connus au cours du 20° siècle.